DICTIONNAIRE ENCYCLOPÉDIQUE DES MOTS INDISPENSABLES MAIS ABSENTS DE LA LANGUE FRANÇAISE, CONTRIBUTION 8.

 

 

AVERINE[avərin]Subst. Fem.

Machine incapable de se déplacer par ses propres moyens.

 

 

BOULEVARDAGE(Syndrome du)

Etat de déchirement intérieur chez l'écrivain de théâtre contemporain hésitant entre écrire pour le théâtre public et rester pauvre, et écrire pour le théâtre privé et (peut être) s'enrichir. Cette tentation grandit avec la notoriété de l'auteur.

 

 

FAUSTINER [fɔstine]V. trans.

Envisager les solutions les plus improbables et irréalistes pour sortir d'une situation difficile.

 

 

GRAPHOTER [grafote] V. trans.

Faire semblant de prendre des notes au cours d'une réunion importante.

 

 

HEUVRET [øvre] Subst. Masc.

Bâti de pierre et de béton ne servant strictement à rien. Ce n'est ni une fantaisie d'architecte ni une erreur de maçon, nul ne sait comment la chose est sortie de terre, mais le résultat est là, un bâti de pierre et de béton ne servant à rien, même pas un abribus de campagne.

 

 

PASSEVENOUILLE [pasvənuj] Subst. Masc.

Petit œillet situé à l'intérieur de la rotule de Garland permettant à la clève d'actionner le mécanisme de rotation des balustes.

 

 

PESANCE[pəzãs] Subst. Fém.

Proposition – généralement faite à une femme par un homme –, sortant du cadre des conventions de drague traditionnelle sans pour autant tomber dans la grossièreté, et faisant montre d'une certaine précipitation. La femme intelligente y voit clignoter en rouge les mâles intentions, les autres, quel que soit leur âge, la reçoivent comme elles les recevaient à l'adolescence, avec une naïveté qui préfigure déjà la soumission.

Ex : offrir des sous-vêtements à la deuxième rencontre ou l'inviter à prendre une douche à la première .

 

 

SENTIMOLLE [sãtimɔl] Subst. Fem.

Impression de pesanteur soudaine des choses du monde qui fait passer pour futile tout ce qui n'est pas soi.

 

 

SLOGORRHEE [slogore] Subst. Fem.

Propension de certaines sociétés de grande distribution à inventer des mots absurdes et laids à des fins de marketing.

 

 

SOTISME [sotizm] Subst. masc.

Phénomène apparu à la fin du XXe siècle et s'amplifiant au XXIe, consistant à ériger la médiocrité en tant que statut normal de fonctionnement. S'applique aussi bien à un individu qu'à la société dans son ensemble. Le corollaire logique à cet état est un mépris affiché pour toute forme d'intelligence ou de pensée un rien construite.

 

 

 

 

voiture verte

 

 

 

 

  Pour retrouver l'intégralité du dictionnaire, c'est ICI

 

 


 

Par inventaire-du-monde - Publié dans : TRAVAUX INTELLECTUELS
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CONVERSATION A BORD DU TGV LYON-MARSEILLE, 25 JUIN 2014, VOITURE 6, PLACES 12-14, ENTRE GILBERT FRELAMPIER ET HUGUES SCHTRAUBEN.

 

 

 

— J'ai appris que tu avais acheté une tondeuse à gazon ?

J'ai fini par me décider.

C'est bien.

Oui, c'est bien, ça me fait gagner du temps.

Tu l'as payée cher ?

11980 euros.

J'étais sûr que tu trouverais à redire.

Mais je n'ai rien dit.

Ton silence est plus éloquent qu'un reproche.

C'est que...

Ah, tu vois !

11980 euros, c'est une somme, tout de même, pour une tondeuse.

Peut être, mais attention, auto-portée, la tondeuse.

Ah. Si elle est auto-portée, ça change tout. (Temps) Mais dis-moi, tu as acheté une tondeuse auto-portée à 11980 euros pour tes cinquante mètres carrés de pelouse ?

Oui.

Est-ce que ce ne serait pas légèrement disproportionné ?

Je ne suis pas du genre à faire les choses à moitié.

Je ne dirai pas le contraire, mais tout de même, entre rien et ça, il y avait des paliers je suppose, des tas de tondeuses intermédiaires tout autant intéressantes.

Faut être sûr du matériel, sinon pas la peine d'investir.

Et puis tu vas la ranger où ta tondeuse lorsque tu ne t'en serviras pas ?

Je vais construire un appentis dans le jardin. J'ai pensé à tout.

Tu veux dire que tu vas prendre sur la pelouse pour ranger la machine qui te sert à tondre la pelouse ?

C'est ça.

Et que donc ta pelouse va passer de cinquante à quarante mètres carrés ?

Trente sept avec les trois mètres de petite terrasse que j'aménage devant l'appentis. Ça fait plus chic. Mais faut bien la ranger, la tondeuse.

D'accord mais si tu n'as plus de pelouse, elle ne te sert à rien ta tondeuse.

Tout de suite tu exagères.

Tu n'as pas de regrets ?

Non.

Hugues, regarde-moi. Tu n'as pas de regrets ?

Enfin... Comment dire, je dois reconnaître que je n'ai pas encore bien cerné le côté pratique de la chose. Tu vas me dire qu'une tondeuse est une tondeuse, et que sa fonction première reste la tonte de l'herbe trop haut poussée, mais la mienne, certes elle tond mais tu vois, je n'arrive pas à tourner au bout du jardin, elle est trop grosse, on dirait un gros animal coincé dans un couloir, faut que je reparte en marche arrière, que je reprenne l'allée d'accès au garage et là je peux tourner et repartir faire la deuxième bande de tonte en parallèle à la première, ainsi de suite jusqu'à la troisième bande. C'est pour ça que je l'ai achetée avec marche arrière, il y a des tondeuses auto-portées qui n'ont pas de marche arrière, elles sont moins chères, mais sans marche arrière ça ne me servait à rien puisque je ne peux pas tourner. Au fond je me demande si je n'ai pas fait une bêtise en achetant cette tondeuse.

D'autant que tu aurais pu aussi continuer à faire ça au ciseau à tondre.

J'aurais pu mais non, c'est hors de question.

Pourquoi. (Temps) Au fond, pourquoi ne pas continuer comme avant ?

J'en fais un principe.

Ou au moins une petite tondeuse électrique.

Pfff ! Electrique ! Et puis quoi encore ?

Bein quoi, pourquoi pas ?

Les tondeuses électriques ne font pas partie de mon idiosyncrasie.

Si tu veux que je te dise, ton idiosyncrasie, elle n'est pas très réaliste.

Cette phrase ne veut rien dire.

Peut-être mais tu as compris ce que je veux dire, tu as parfaitement compris, alors s'il te plaît, hein. (Temps). Tssss.11980 euros.

C'était ça ou rien.

Et tu n'as pas envisagé une seconde le rien ?

Non, j'avoue. Les propositions contradictoires ne font pas non plus partie de mon idiosyncrasie.

Il n'y a pas grand chose qui en fait partie, on dirait.

Si, par exemple la compassion que j'éprouve pour les Matis d'Amazonie.

Pardon mais c'est un peu facile, c'est loin l'Amazonie, elle est confortable, ton idiosyncrasie.

Chacun s’accommode avec la sienne comme il peut.

Quand on pense à tout ce qu'on peut faire avec 11980 euros. Je veux dire autre que d'acheter une tondeuse auto-portée. (Temps) Tiens, pas exemple, se payer un hectare de terrain sur la lune.

Ou acheter huit heures de vol en hélicoptère.

Manger 5990 boîtes de cœurs de palmiers à 2 euros pièce.

Payer un tueur à gages.

Acheter un morceau de terrain pour prolonger ton jardin.

Non, là ça va poser un problème.

C'est une supposition.

Laisse, ça pose problème je te dis.

Une simple supposition.

— Va pas sur ce terrain-là.

D'accord, et à la limite, un hélicoptère, tu voles à l'envers, il te sert de tondeuse.

 


 

  meuleuse

 

 

 

 

 

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VALENCE (France)

 

Tu prends une ville où tu n'es jamais allé et qui ne t'évoque rien d'autre qu'un nom sur un panneau de gare TGV, par exemple Valence (Drôme), tu fixes le mot dans ta tête, longtemps, Valence, Valence, Valence, tu n'as même jamais vu de photo de cette ville, ou alors tu les a oubliées tant elles t'ont semblé insignifiantes, tu n'es pas non plus capable de rattacher à cette ville, un visage connu, personne dans ton entourage ne vit ou n'est né à Valence, personne n'y a fait ses études, personne n'y a eu une mère vétérinaire ou un père architecte, alors tu regardes une carte, tu regardes la carte à t'en faire péter la rétine, Valence commence lentement à te fasciner, tu vois la ville, là, sous tes yeux, entourée des ceintures rouges et jaunes des autoroutes et de tout un bordel de routes secondaires, inconséquentes et inutiles, cette ville, tu sais que vivent à l'intérieur des milliers de personnes, tu te dis ça, il y a dans cette ville des dizaines de milliers de personnes, qui forcément, trouvent un intérêt à résider dans cette ville tandis que toi tu n'en as jamais entendu parler si ce n'est de temps en temps au détour d'un bulletin météo, ce sont des gens, les gens des bulletins météo qui prennent soin de citer toutes les villes de France – même les plus improbables –, au moins une fois dans l'année, pour ne fâcher personne, et dont certaines parmi elles, les personne vivant à Valence, pensent qu'il n'y a pas de meilleur endroit au monde pour vivre, que cette ville est la quintessence, la matérialisation du bonheur sur terre, pour rien au monde, ils ne la quitteraient, devrait-on leur offrir une vie de rêve à l'autre bout du monde sur une plage de rêve dans un endroit de rêve où il ne pleut jamais et où les dictatures ont fini par céder la place à des démocraties corrompues, et toi, oui toi, tu n'as jamais mis les pieds dans cette ville.

Que veux-tu que je te dise.

 

 

 

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INVENTAIRE DES SONNETS MONOSYLLABIQUES ANONYMES ÉCRITS ENTRE 1899 ET 2013 -  2

 

 

SONNET AU CORPS FEMININ

 

 

Ode

molle

aux

corps ;

 

formes

rondes

des

femmes,

 

chère

chair

danse,

 

rend

fou

l'homme.

 

 






SONNET DU PHILOSOPHE S'INTERROGEANT SUR LE SENS DE LA VIE ET SE VOYANT OBLIGÉ DE CRIER SON IMPUISSANCE FACE AUX QUESTIONS RESTÉES SANS REPONSES

 

 

 

Viande

morte

nos

os

 

blancs

comme

la

houille :

 

Sous

la

peau

 

vois

ta

trouille.

 

 

 

 

 

SONNET DE L'ACCIDENT

 

 

Seul

le

sang

sourd

 

sous

le

havre

bée

 

(sexe

en

paix)

 

une

simple

plaie.

 

 

 

 

 

SONNET DES MUSICIENS

 

 

L'homme

tète

son

bout

 

la

femme

de

même

 

vents

contre

vents,

 

cor

à

cor.

 

 

 

 

 

2014 0589

 

 

 

 

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101 CHOSES QUE JE FERAIS SI J'ÉTAIS TINTIN.

MANUSCRIT FINALEMENT TERMINÉ DANS LA DOULEUR PAR BASTIEN BLANQUAERT LE 29 MARS 2013.

 

 

 

 

1. Si j'étais Tintin, je coucherais une bonne fois pour toutes avec le capitaine Haddock.

 

 

 

2. Si j'étais Tintin, au lieu de calmer Haddock quand il s'énerve à insulter les méchants, j'en rajouterais des caisses : fiente molle, testicule papale, violeur de vieille, ovule impénétrable, détrousseur de pauvres, suborneur de pucelles, raclure de pancréas cancéreux, suceur d'uranium enrichi, casseur de burnes protestantes, etc.

 

 

 

3. Si j'étais Tintin, je serais anglais.

 

 

 

4. Si j'étais Tintin, j'arrêterais de lever un bras et de me tenir sur un seul pied en courant, c'est farfelu et peu réaliste.

 

 

 

5. Si j'étais Tintin, de temps en temps je mangerais.

 

 

6. Si j'étais Tintin, je profiterais de ma célébrité pour draguer à mort.

 

 

 

7. Si j'étais Tintin, je m'immergerais une fois dans une histoire de vampires, juste pour voir comment ça fait dans la vraie vie.

 

 

 

8. Si j'étais Tintin, au lieu d'aller faire de l'anticommunisme primaire chez les Soviets, j'irais faire un tour à Barcelone, vers 1938-39.

 

 

 

9. Si j'étais Tintin, j'aurais de vrais yeux.

 

 

 

10. Si j'étais Tintin, je parlerais moins.

 

 

 

11. Si j'étais Tintin, la lune, je la décrocherais pour une fille.

 

 

 

12. Si j'étais Tintin, au lieu d'apeurer les peuplades primitives avec des prévisions d'éclipses à la con, je me servirais de mes connaissances en astronomie pour faire mon horoscope, ça m'éviterait les emmerdes.

 

 

 

13. Si j'étais Tintin, je garderais un peu de fric pour moi, au lieu de tout rendre systématiquement.

 

 

 

14. Si j'étais Tintin, je ne me rendrais pas ridicule aux yeux du monde en parlant avec un chien.

 

 

 

15. Si j'étais Tintin, j'arrêterais de dire « sapristi » toutes les deux pages, il ne se rend pas compte de combien ça peut être lassant pour le lecteur, ni comment, à force d'usage, le mot se vide de son sens.

D'ailleurs, ce garçon a une retenue qui frise là l'hypocrisie. Le petit côté gentiment frondeur de ce « sapristi », pudiquement détourné de « sacristie », c'est du « nom de dieu » qui n'ose pas dire son nom.

 

 

 

16. Si j'étais Tintin, j’exigerais par contrat l'introduction de James Bond girls dans mes aventures – même s'il faut le reconnaître, Tintin girls sonne moins bien.

 

 

 

 

17. Si j'étais Tintin, je me changerais de temps en temps, cinquante ans avec le même pantalon commence à faire négligé.

 

 

 

18. Si j'étais Tintin, j'exigerais de Haddock, qu'il vire Nestor, bien trop arrogant pour un employé de maison.

(Mais pour que Nestor se permette cette attitude, sans doute a-t-il quelque moyen de pression sur son patron, il n'y a pas de fumée sans feu.)

 

 

 

19. Si j'étais Tintin, j'arrêterais de sauver les gosses de riche à tour de bras juste pour montrer la supériorité de l'enquêteur blanc et européen sur les polices locales, basanées, corrompues, et incompétentes.

 

 

 

20. Si j'étais Tintin, en tant que journaliste, j'écrirais un article, un peu, des fois.

 

 

 

21. Si j'étais Tintin, je demanderais un peu plus de sexe dans les scénarios et un peu moins dans les titres (Le sceptre, les boules, objectif lune...)

 

 

22. Si j'étais Tintin, je saurais enfin si je suis toujours puceau.

 

 

 

23. Si j'étais Tintin, je préférerais être XIII.

 

 

 

24. Si j'étais Tintin, je préférerais être Lucky Luke, ou Astérix, Tarzan, Dark Vador ; Rantanplan même : tout plutôt que Tintin.

 

 

 

25. Si j'étais Tintin, j'en aurais ras le bol de la ligne claire.

 

 

 

26. Si j'étais Tintin, je me demanderais pourquoi je suis plus con que mon chien.

 

 

 

27. Si j'étais Tintin, je m'achèterais une conscience politique, je ne lèverais pas le petit doigt pour aider au maintien de la monarchie ringarde d'Ottokar, contre laquelle lutte un obscur « comité central ».

 

 

 

28. Si j'étais Tintin, je ne monterais jamais (jamais) dans une fusée fabriquée par Tournesol.

 

 

 

29. Si j'étais Tintin, je demanderais à la production d'acheter du gel, le sèche-cheveux tous les matins c'est trop galère.

 

 

 

30. Si j'étais Tintin, j'arrêterais de prendre le lecteur pour un imbécile en lui expliquant tout dans des bulles qui prennent les trois quarts de la case.

 

 

 

31. Si j'étais Tintin, je dirais de vrais gros mots.

 

 

 

32. Si j'étais Tintin, je demanderais à la Castafiore de chanter le rôle de Carmen, pour la déniaiser un peu.

 

 

 

33. Si j'étais Tintin, j'achèterais de la libido par paquets de douze.

 

 

 

34. Si j'étais Tintin, je chanterais « Où sont les femmes ? »

 

 

 

35. Si j'étais Tintin, j'arrêterais de taper sur des grands costauds avec mes petits poings de freluquet.

 

 

 

36. Si j'étais Tintin, je grandirais un peu et je trouverais qu'il y a trop de hasards et de coïncidences dans mes scénarios, ça ne se passe pas comme ça dans la vraie vie ; dans la vraie quand un caillou doit te tomber sur la gueule, tu le prends sur la gueule.

 

 

 

37. Si j'étais Tintin, je présenterais des excuses auprès de toutes les femmes du monde pour leur absence de mes aventures – et je ne penserais pas que c'est parce que l'autre ne sait pas les dessiner.

 

 

 

38. Si j'étais Tintin, j'arrêterais de refouler mon homosexualité latente.

 

 

 

39. Si j'étais Tintin, je commencerais par buter les Dupondt. L'humour qu'ils charrient n'est même pas digne des cours de récréation.

 

 

 

40. Si j'étais Tintin, je brûlerais mes vingt-cinq premiers albums.

 

 

 

41. Si j'étais Tintin, j'arrêterais de prôner un colonialisme sournois dissimulé sous un vernis pseudo-humaniste.

 

 

 

42. Si j'étais Tintin, j'arrêterais de dégouliner de bonnes intentions.

 

 

 

43. Si j'étais Tintin, j'embaucherais un vrai coloriste.

 

 

 

44. Si j'étais Tintin, je me chercherais un nom moins nunuche.

 

 

 

45. Si j'étais Tintin, je changerais aussi le nom de la plupart des personnages, tous plus grotesques les uns que les autres.

 

 

 

46. Si j'étais Tintin, je donnerais la moitié des droits d'auteur pour assurer un suivi psychologique des lecteurs auxquels on fait croire au manichéisme du monde.

 

 

 

 

47. Si j'étais Tintin, de honte, je n'oserais plus mettre les pieds en Afrique.

 

 

 

48. Si j'étais Tintin, j'essayerais d'embrasser une femme (ou un homme) sur la bouche, au moins une fois avant de mourir.

 

 

 

49. Si j'étais Tintin, je fumerais des Gitanes maïs, juste pour empuantir les bien-pensants.

 

 

 

50. Si j'étais Tintin, j'arrêterais de me mêler de ce qui ne me regarde pas.

 

 

 

51. Si j'étais Tintin, je me dirais que j'ai vraiment des goûts de chiottes pour choisir mes fringues.

 

 

 

52. Si j'étais Tintin, avant de les buter, je mettrais deux claques aux Dupondt, pour le plaisir.

Enfin, quatre en tout, donc.

 

 

 

53. Si j'étais Tintin, je demanderais à Haddock de se mettre sur liste rouge, le gag de la boucherie Sanzot est aussi plat que la Belgique elle-même.

 

 

 

54. Si j'étais Tintin, je ne deviendrais jamais colonel d'une dictature d'Amérique centrale sous les ordres d'un trafiquant fauteur de guerre.

 

 

 

55. Si j'étais Tintin, j'arrêterais de penser que tout est noir ou blanc. J'essaierais les nuances.

 

 

 

56. Si j'étais Tintin, je me demanderais comment je gagne ma vie.

 

 

 

57. Si j'étais Tintin, je penserais que je ne suis pas normal.

 

 

 

58. Si j'étais Tintin, je suivrais une analyse, c'est pas humain d'être aussi bon.

 

 

 

59. Si j'étais Tintin, je découvrirais que sous ma bonté se cache un ego surdimensionné.

 

 

 

60. Si j'étais Tintin, je découvrirais que sous mon ego se cachent des perversions qui contredisent tout mon personnage.

 

 

 

61. Si j'étais Tintin, je découvrirais que sous mes perversions se cachent des pulsions inavouables.

 

 

 

62. Si j'étais Tintin, je découvrirais que sous mes pulsions se cache finalement un homme normal.

 

 

 

63. Si j'étais Tintin, je découvrirais qu'un homme normal, ça n'existe pas.

 

 

 

64. Si j'étais Tintin, marchant sur la lune, je n'en ferais pas tout un fromage. Pas de quoi se fouetter les sangs de crapahuter sur un caillou à l'atmosphère irrespirable et sans personne dessus.

 

 

65. Si j'étais Tintin, j'aurais un père et une mère, et de temps en temps j'irais les voir, au lieu de rester comme ça, dans cette absolue absence d'affect.

 

 

 

66. Si j'étais Tintin, au lieu de gaspiller mes talents dans des aventures sans intérêt, je deviendrais un Robin des bois moderne, j'irais piquer le fric mal accumulé pour éponger la dette des pays pauvres ; j'en garderais une partie pour faire avec eux des fêtes gigantesques.

 

 

 

67. Si j'étais Tintin, je me servirais d'ordinateurs et de téléphones portables, c'est quand même beaucoup plus pratique pour communiquer, c'est à s'interroger sur l'intelligence réelle de ce garçon, et son manque de sens pratique.

 

 

 

68. Si j'étais Tintin, au lieu de partir sans arrêt à l'autre bout du monde, je vivrais une aventure intérieure.

 

 

 

69. Si j'étais Tintin, je vivrais une aventure (extérieure) dans les milieux underground de Bruxelles.

 

 

 

70. Si j'étais Tintin, considérant que l'ethnocentrisme est une plaie universelle et la mère de tous les nationalismes, je deviendrais apatride, citoyen du monde au service des habitants du monde.

 

 

 

71. Si j'étais Tintin, je vivrais une aventure dans laquelle les méchants seraient des magnats de la finance internationale, de ceux qui produisent de l'argent stérile – bien montrer aux yeux de tous que le mal ne se trouve pas où on l'attend.

 

 

 

72. Si j'étais Tintin, je me dirais que le bonheur n'est pas forcément dans l'action.

 

 

 

73. Si j'étais Tintin, je me découvrirais des défauts.

 

 

 

74. Si j'étais Tintin, je prendrais aussitôt ma retraite d'aventurier propre sur lui et je deviendrais l'icône d'un mouvement nihiliste décadent.

Autant dire que je renoncerais à toutes mes anciennes valeurs.

 

 

 

 

75. Si j'étais Tintin, je demanderais à Tournesol de se fabriquer un vrai sonotone, au lieu d'imaginer des objets qui ne servent à rien.

 

 

 

76. Si j'étais Tintin, histoire de me secouer la houppe de temps en temps, je serais aussi bassiste dans un groupe de hard métal.

Ou premier mandoline dans un orchestre à plectre.

 

 

 

77. Si j'étais Tintin, je vendrais Milou au CNRS pour lui disséquer le cerveau.

Et ça devrait rapporter un max, un chien possédant le langage et capable de communiquer par télépathie doit venir d'une autre planète.

 

 

 

78. Si j'étais Tintin, j'aurais souvent envie de frapper mon chien ; pas possible qu'il ait toujours raison à ce point.

 

 

 

79. Si j'étais Tintin, je penserais que, si j'étais Milou, j'arrêterais de suivre aveuglément un mec qui ne s'attire que des ennuis.

 

 

 

80. Si j'étais Tintin, considérant qu'un pays qui a recruté les Dupondt dans les rangs de sa police ne peut pas fonctionner correctement, je demanderais l'asile politique à la Corée du nord.

 

 

 

81. Si j'étais Tintin, demandant l'asile politique à la Corée du nord, j'en évincerais rapidement le guide suprême du pouvoir pour prendre sa place ; révélant ainsi ma nature profonde, ce serait la fin de mes aventures mais je m'en foutrais royalement.

 

 

 

82. Si j'étais Tintin, je demanderais à être mieux dessiné.

 

 

 

83. Si j'étais Tintin, je me sentirais ridicule à côté de Jason Bourne, complètement largué avec mes petites aventures de rien ; au bout de ma dépression, j'irais à Langley, état de Washington, juste pour me jeter du haut de l'immeuble de la CIA.

 

 

 

84. Si j'étais Tintin, je participerais au prochain casting des Bisounours.

 

 

 

85. Si j'étais Tintin, comme tout être humain qui se respecte, je serais bourré de contradictions.

 

 

 

86. Si j'étais Tintin, je me demanderais comment j'ai fait pour vivre autant d'aventures et neutraliser tant de méchants sans jamais en avoir tué un seul.

 

 

 

87. Si j'étais Tintin, j'aurais une voiture de sport avec plein de trucs dedans pour détruire les méchants.

Et pour faire le cacou.

Si j'étais Tintin, je ferais un peu le cacou.

 

 

 

88. Si j'étais Tintin, je ferais une bringue à la fin de chaque aventure, ou je prendrais des vacances sur une île au soleil avec ma/mon fiancé(e), enfin, je fêterais ça, quoi.

 

 


89. Si j'étais Tintin, je ravalerais mes incessantes leçons de morale au monde entier, je ne serais pas persuadé que le monde les attend avec impatience.


 

90. Si j'étais Tintin, j'arrêterais de me prendre pour Superman sans avoir aucun de ses super-pouvoirs.

 

 

 

91. Si j'étais Tintin, pour m'aguerrir un peu, on me verrait souvent en train de lire du Dostoïevski.

 

 

 

92. Si j'étais Tintin, il me serait facile d'être de mauvaise foi.

 


93. Si j'étais Tintin, je me demanderais au sujet des Dupondt comment deux frères jumeaux peuvent avoir une orthographe différente de leur nom.


 

94. Si j'étais Tintin, par solidarité nationale, je chanterais du Stromae de temps en temps.

 

 

 

95. Si j'étais Tintin, on me verrait souvent au bras de jolies filles, au moins pour le plaisir du lecteur hétéro.

 

 

 

96. Si j'étais Tintin, je me demanderais sans cesse comment fait le lecteur pour me supporter.

 

 

 

97. Si j'étais Tintin, je serais heureux de ne pas vieillir mais en même temps je me dirais à quoi bon, si c'est pour faire des trucs pareils sans connaître aucun des plaisirs de la vie.

Si j'étais Tintin, j'aimerais mourir un peu.

 

 

 

98. Si j'étais Tintin, je me révolterais contre un créateur qui m'a doté de la sensualité d'un steak haché.

 

 

 

99. Si j'étais Tintin, j'arrêterais de me trimbaler cette naïveté enfantine qui me colle comme de la super-glu. Du coup on ne me ferait plus confiance, je n'entrerais plus comme ça chez les puissants, je finirais à la rue, je choperais une saloperie, et en quelques mois je crèverais seul et oublié de tous.

 

 

 

100. Si j'étais Tintin, de toute façon, il y a longtemps que je serais mort de trop de condescendance.

 

 

 

101. Si j'étais Tintin, je tuerais le père pour vivre ma vraie vie.

 

 

 

 

 

  2014 0523

 


 

 

 

 

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ROMANS INACHEVES (XII)


 

Chroniques de l'entonnoir. - Robinson Godblessyouplease, (Royaume-Uni)

 

Genre : Caftage sur canapé

 

Synopsis : A mi chemin entre fiction et réalité, un psychanalyste entreprend de rédiger des chroniques de ses plus étonnantes expériences professionnelles.

 

Première phrase : La belle affaire, Jonathan L. est traversé par la souffrance du monde, il la porte en lui, et sa compassion est immense ; l'imbécile parvient même à imaginer la douleur des hérons aux pattes prises dans des eaux gelées.

 

Motif de l'interruption : Au fur et à mesure de la rédaction, montées de bouffées d'angoisse face à la réaction prévisible de la sa corporation.

 

 

  ◊◊◊

 

 

 

Sans tenir compte de la vitesse du vent. - Tatiana Dessiatkov, (Russie)

 

Genre : Nouvelles confessions.

 

Synopsis : Une sportive de haut niveau brigue la médaille d'or aux prochains jeux olympiques. Elle s'entraîne inlassablement, inlassablement elle travaille le corps et l'esprit, car sa discipline, le tir à l'arc, demande de grandes capacités de concentration et d'introspection. A six mois des jeux, elle apprend au cours d'un entraînement que son compagnon s'est suicidé en se jetant sous un train. En quelques minutes, la médaille d'or va passer du statut de but d'une vie, à la chose la plus futile : un grain de poussière dans l'histoire de l'univers.

 

Première phrase : J'ai huit ans, derrière la vitre le paysage forme une barrière verdâtre d'éléments indéfinissables.

 

Motif de l'interruption : L'auteure a échoué dans sa jeunesse aux épreuves qualificatives des championnats de Russie de tir à l'arc. Elle a réalisé que ce roman, qui se voulait une dénonciation de la gloire éphémère, était en réalité un mensonge à elle-même, une justification de son échec.

 

 

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Vous êtes ici. - Rosa Malagueñasale (Mexique)

 

Genre : Onomastique narrative

 

Synopsis : A la suite d'un accident de voiture une jeune femme d'une trentaine d'années devient amnésique. Elle va tenter de reconstruire sa vie à travers la parole de son compagnon. Mais ce dernier joue-t-il franc-jeu ? Est-ce qu'il ne va pas profiter de la fragilité de sa compagne pour lui modeler un passé sur mesure ? Forcée de lui donner sa confiance, la jeune femme va se calquer sur ses dires jusqu'à ce qu'un détail la fasse basculer dans le doute, un simple nom de village mal placé dans l'histoire.

 

Première phrase : Demain je vais chez tonton Miguel, je n'échapperai pas à l'habituel tripotage de fesses mais au moins je repartirai avec de quoi finir le mois.

 

Motif de l'interruption : Ennui de l'auteure à l'écriture de son propre texte.

Se demandant ce qu'allait en penser le lecteur si elle-même s'ennuyait, elle a préféré stopper net à la moitié de l’œuvre.

 

 

 

◊◊◊

 

 

 

Cent une choses que je ferais si j'étais Tintin. - Bastien Blanquaert (Belgique)

 

Genre : Utopie littéraire.

 

Synopsis: Liste d'items commençant tous par la phrase « Si j'étais Tintin » proposant des alternatives aux attitudes de Tintin dans toutes les situations de vie.

 

Première phrase : Si j'étais Tintin, je coucherais une bonne fois pour toutes avec le capitaine Hadock.

 

Motif de l'interruption : Epuisement de l'imagination après trente cinq items.

 

 

 

 

 

 

  2014 0374

 

 

 

 

 


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COURRIERS ENVOYÉS PAR VALENTIN PETITPIED ENTRE LES MOIS DE SEPTEMBRE ET DÉCEMBRE 2013 SUITE AUX REPONSES D'ÉDITEURS CONCERNANT SON MANUSCRIT INTITULÉ "FARCES CACHÉES"

 

 

 

 

Le 9 septembre 2013,

Aux Editions de la baleine électronique, Paris

 

 

Monsieur,

Vous traitez ma poésie de « délire paranoïde écrit au kilomètre », et de «succession de poncifs éculés ». Comprenez – outre la tournure légèrement pléonastique de votre « poncifs éculés » –, que j'en sois fâché. Vous-même qui n'avez rien produit de votre existence et n'avez prospéré que sur la création d'autrui n'avez pas de leçon à donner sur la qualité de la mienne.

Je vois par ailleurs que vous avez à votre catalogue un certain nombre d'individus (mâles ou femelles) dont n'importe quel autre éditeur digne de ce nom ne voudrait même pas des écrits pour en faire l'usage que l'on sait dans les toilettes.

Quant à vos sournoises allégations sur ma prétendue méconnaissance de la langue française, je vous signale que l'expression « je vous pisse à la raie », si elle n'est pas je vous l'accorde de très bon goût, est aujourd'hui passée dans le langage courant et s'applique tout à fait à ce que je souhaiterais vous faire subir, encore que de loin uniquement.

Ne vous saluant pas, je vais m'employer autant que faire se peut à miner votre réputation (déjà fort peu brillante) parmi les cercles littéraires que je fréquente.

 

 

♦♦


 

Le 15 septembre 2013

Aux Editions Platard, Paris

 

Madame,

Je vous concède que la forme du sonnet rimé n'est pas aujourd'hui des plus modernes. Vous mettez en avant dans votre courrier la « recherche de formes novatrices dont [votre] maison s'est fait une règle ». Soit. Admettons. Il n'empêche que vous n'accordez même pas un regard au contenu, que vous taxez de « lyrisme exacerbé ». Auriez-vous quelque rancune à l'encontre de la poésie lyrique ? Auriez-vous des préventions contre le fait de consacrer un sonnet aux platanes du bord de la route, au toiletteur de mon chien, ou à la mémoire du maréchal Pétain ? Je vous trouve bien superficielle, vous devriez savoir que tout est matière poétique.

Mais pour vous, il est sans doute plus facile d'écrire un sonnet que de poser trois mots sur une page en donnant à cela les pompeux atours de la poésie contemporaine. Comme il est plus facile sans doute de peindre un Fragonard que d'empiler des sacs poubelle dans une salle d'exposition en nommant cela une « installation ». Oui, je vous entends penser d'ici, je suis un vieux con réactionnaire, et je ne comprends pas l'essence de l'art. Passons. Vous avez sans doute raison, j'ai dû me tromper d'époque. Mais contrairement à la mienne, votre production littéraire ne franchira jamais les barrières du temps, ce qui au fond n'a rien d'étonnant, je me demande qui a bien pu avoir l'idée saugrenue de confier les rênes d'une maison d'édition à une femme.

 

 

♦♦

 

 

 

Le 20 novembre 2012

Aux éditions du Circuit imprimé, Paris

 

Monsieur,

Vous recevez l’œuvre d'une vie et vous vous étonnez qu'il faille sept cartons pour la contenir. Vous recevez quarante ans d'écriture acharnée et ne trouvez à répondre que sur le volume. Vous avez là, monsieur, la même réaction qu'André Gide refusant le premier manuscrit de Marcel Proust. Ô la boulette ! Ô comme vous allez traîner cela accroché à votre mémoire toute votre vie. Ô comme la culpabilité va vous suivre, vous bouffer de l'intérieur, vous pousser au suicide, tant elle vous rongera. Bientôt on ne verra plus en vous que celui qui a fait perdre des millions à sa maison, l'éditeur le moins intuitif des deux derniers siècles. Dans quelques années, lorsque le monde m'aura reconnu, vous aurez cette dernière pensée, j'espère, le doigt sur la détente du pistolet, le canon appuyé contre votre tempe, que se tromper à ce point, c'est se dire que l'on s'est trompé de vie.

Je vous souhaite à la suite de votre geste une éternité de tourments.

 

 

 

♦♦


 

 

 

Le 3 novembre 2012

Aux éditions Poésie 12

 

Monsieur,

Quand on place la poésie aussi haut que je la place dans l'échelle des valeurs humanistes, quand on y consacre sa vie entière au détriment d'une famille ou d'enfants que l'on n'a pas eus, vous comprendrez ce que votre courrier a pu avoir de blessant pour moi. D'autant que, depuis votre position de démiurge au sommet de l'Olympe, votre mépris écrase tout sur son passage. Dois-je vous rappeler que votre petite production parisiano-intellectualo-minimaliste n'intéresse personne ? Que vous n'écoulez pas plus de quatre-vingts exemplaires de vos titres, et encore, en comptant les cinquante que vous vendez de force à l'auteur ? Dois-je vous rappeler que si vous deviez vivre de votre production il y a longtemps que vous auriez rejoint le boulevard des allongés ?

Tâchez de vous en souvenir, à l'avenir, avant de distribuer des mauvais points au petit bonheur la chance.

Mais de toute façon, vous n'avez du métier d'éditeur que le nom, vos choix éditoriaux sont affligeants de conformisme lorsque par exemple vous publiez cet ouvrage En terre intérieure, de Sébastien Plot, un ouvrage de 65 pages qui ne compte que 84 mots, c'est à dire, même pas deux mots par page, alors que vous le vendez 12 euros. J'ai calculé, ça nous met le mot à quatorze centimes, c'est à dire qu'avec 5 de vos mots si cher payés on pourrait acheter une baguette de pain.

Continuez donc à gâcher du papier en toute tranquillité et laissez en paix ceux qui travaillent à l'avenir de la poésie.

 

 

 

♦♦

 

 

 

 

Le 2 décembre 2012

Aux éditions du Comptoir des Indes poétiques

 

Monsieur,

Il ne m'étonne en rien de recevoir de votre part la réponse que vous me fîtes. De mes 32845 sonnets, vous n'avez rien compris. Je pense même que vous ne les avez pas lus jusqu'au bout, ce qui est le comble de la grossièreté de la part d'un éditeur. S'il vous plaît de passer à côté d'un des plus grands esprits contemporains c'est votre problème.

Pourtant, c'est par un hasard malheureux que ce manuscrit vous a été confié, j'eusse préféré qu'il tombât en d'autres mains, celles d'un lecteur dont les orientations sexuelles ne l'auraient pas prévenu contre mes textes. Un lecteur normal, en somme. Sans aucun doute ce dernier eut-il été plus à même d'en estimer la subtilité à sa juste valeur.

 

 

 

♦♦

 

 

 

Le 14 décembre 2012

Aux Editions de Chambord

 

Madame,

 

Je vous suis infiniment reconnaissant de votre courrier et de la pertinence de votre regard sur mes textes. Comme vous le dites si bien le monde manque de poésie et de visions telles que la mienne. Certes, la somme de dix-huit mille euros que vous me demandez pour l'édition d'un premier volume de cent trente pages est importante, mais on n'a rien sans rien, et je comprends les difficultés que vous m'exposez quant à la commercialisation d’œuvres difficiles. Et puis, ayant consacré ma vie à l'écriture, j'ai peu sacrifié aux plaisirs futiles et beaucoup économisé.

En conséquence, je vous remercie de bien vouloir m'envoyer les contrats d'édition, je vous les retournerai signés et accompagnés du chèque afférent.

 

 

 

2014 0429

 

 

 

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NOSTALGIE DE LA GESTATION : DE L'ORIGINE ET DE LA NATURE DE L'INCOMPREHENSION ENTRE LES FEMMES ET LES HOMMES -  MANUSCRIT INTEGRAL D'ALBERT ADEUBERT TERMINÉ A MEAUX (FRANCE), LE 18 AOUT 2013.

 

 

 

 

des femmes

 

 

 

Les femmes demandent aux hommes de les comprendre, de révéler le côté féminin qui est en eux tout en exigeant – ou en rêvant secrètement à – l’affirmation de la virilité du mâle.

 

 

 

Les femmes parlent souvent entre elles. Les hommes pensent que lorsque les femmes parlent entre elles c’est pour dire du mal des hommes. Ce n’est pas toujours faux.

 

 

Il est des femmes qui ont envers les hommes des attitudes provocatrices – disent les hommes. Le font-elles toujours exprès, les femmes, de ne pas refermer ce bouton de chemisier qui laisse apercevoir la naissance des seins, de relever plus qu’il n’est besoin leur jupe pour sortir de la voiture, de croiser les jambes en s’asseyant de façon à ce que la fente latérale de leur jupe dévoile jusqu’à la lisière des bas, de faire la bise à un ami un peu trop près des lèvres, de soutenir un regard inconnu dans la rue, le font-elles toujours exprès ?

 

 

Les femmes se pensent naturellement plus intelligentes, pour compenser la praxis des hommes – la nature ne se trompe pas, affirment-elles.

 

 

Les femmes reprochent aux hommes de regarder les autres femmes, de les regarder trop, de toujours les regarder trop, les femmes sont les ennemies des femmes.

 

 

Quand un homme dit à une femme d’une autre femme qu’elle est belle il sait qu’il la blesse.

 

 

Les hommes, tout à leur praxis, sont dans l’incapacité de comprendre l’état d’abattement dans lequel plongent parfois les femmes. Pas la dépression, l’abattement, ça ne dure pas, une sorte de détachement du monde, une perception soudaine de l’inutilité et de la vacuité des choses.

 

 

Les hommes s’entendent bien avec les femmes d’action et mal avec les autres, les rêveuses, les lunatiques, les nonchalantes, les détachées, les languides. Mais parfois non, c’est le contraire.

 

 

Quand un homme s’entend bien avec une rêveuse il peut passer auprès des autres hommes pour une femmelette – parfois les hommes ne comprennent pas les hommes.

 

 

Les rêveuses posent sur les hommes des regards limpides et francs, des regards qui donnent à voir leur honnêteté, et les hommes, alors ressentent comme une petite honte de ne pas se s’estimer à la hauteur de ces regards.

 

 

Longtemps les femmes aiment à raconter leur accouchement. Les hommes s’ennuient à tant de détails techniques.

 

 

Les femmes ont de beaux cheveux. Mais pourquoi les femmes qui ont les cheveux frisés rêvent-elles de les avoir raides, et celles qui les ont raides de les avoir frisés ? Pourquoi, se demandent les hommes.

 

 

 

  La femme autoritaire laisse peu de choix à l’homme faible : le meurtre ou le suicide.

 

 

 

  2014 0371

 

 

 

 

 

 

des hommes

 

 

 

 

 

 

Les hommes ne comprennent pas qu’une très belle femme puisse aimer un homme laid : elle n’aime plus elle s’amourache disent-ils – les hommes et les femmes n’ont pas la même perception de la beauté.

 

 

Les hommes parlent souvent entre eux. Les femmes pensent que lorsque les hommes parlent entre eux c’est pour parler d’autres femmes, de leurs corps. C’est souvent vrai.

 

 

 

Contrairement à ce qu’affirment beaucoup de femmes, ça n’a jamais vraiment gêné les hommes de ne pas pouvoir enfanter.

 

◊ 

 

Comment l’homme, le rustre, le primitif, le musclé, le poilu, le protecteur, le guerrier, le chasseur, le pourvoyeur de viande, comment l’homme pourrait-il un instant envisager pouvoir se hisser au niveau de la subtilité de la femme – disent les femmes.

 

◊ 

 

Les hommes se pensent naturellement plus intelligents pour compenser le manque de praxis des femmes ainsi que l’état de béatitude extatique dans lequel les plonge la gestation.
 

 

 

Même les vrais hommes, les sérieux, les qui font la guerre, les réalistes, les espions, les qui sauvent le monde, les qui vivent le plus souvent dans un monde d’hommes, même ceux-là ont une mère.
 

 

 

Les hommes reprochent aux femmes de se laisser influencer par l’astrologie.

 

◊ 

 

Les hommes reprochent aux femmes de lire des magazines féminins ; les hommes, ne les lisent pas, ils n’en regardent que les photos – et souvent l’horoscope.

 

◊ 

 

Les hommes s’expliquent – scientifiquement – de mieux en mieux le désir d’enfant chez la femme, ce n’est pas pour autant qu’ils le comprennent.

 


 

Certains hommes ne comprennent pas les femmes au point d’en avoir peur.

 

◊ 

 

Les hommes sont jaloux des femmes qu’ils ne peuvent posséder, jaloux des femmes des autres, des femmes croisées dans la rue, au cinéma, au supermarché, au travail, des brunes quand ils ont une blonde, des blondes quand ils ont une rousse, des noires quand ils ont une blanche, des blanches quand ils ont une asiatique, des asiatiques quand ils ont une américaine, et des allemandes, des italiennes, des russes, des laponnes, des croates, des coréennes, des cubaines, des grecques, des marocaines, des canadiennes, des malgaches, des chinoises, des espagnoles, enfin, jaloux, quoi – l’exploration de l’espace, heureusement, n’a pas vraiment commencé.

 


 

L’homme demande souvent à la femme avec laquelle il vit si elle a besoin d’aide, juste pour s’entendre dire non.

 

◊ 

 

Les hommes demandent souvent aux femmes qu’ils ne connaissent pas si elles ont besoin d’aide, juste pour s’entendre dire oui.

 

◊ 

 

Les hommes, dans leur soif de domination, passent le plus souvent à côté de l’essentiel.

 

◊ 

 

Vivre avec une femme est, pour un homme, une sorte de renoncement à lui-même. Les jeunes le pressentent, les plus anciens le savent, il leur faut à tous abandonner là, au seuil d’une expérience commune, la part d’eux même qui les autorise à se gratter le matin, à manger avec les mains, à roter à table, etc. – la chose ne se fait pas toujours sans grincements.

 

◊ 

 

Les femmes reprochent aux hommes, ce n’est pas toujours faux, de manquer de psychologie féminine – mais ce n’est pas non plus toujours vrai.

 

◊ 

 

Depuis Freud les hommes se perdent en conjectures quant à la nature profonde de la psychologie féminine.


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Les hommes se plaignent du manque de liberté généré par leur couple, mais ils envisagent le départ de leur compagne comme une catastrophe – quant au leur, de départ, ils ne l’accomplissent qu’après avoir assuré leurs arrières.

 

◊ 

 

Il faut qu’un homme soit aidé par le hasard, ou la chance, pour qu’une femme lui dise faire montre de psychologie féminine.

 

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Les hommes sont fiers de s’afficher au bras d’une belle femme, et de voir les regards des autres hommes glisser sur son corps, comme si elle lui appartenait, si elle était sa chasse gardée – cela doit venir de loin, des cavernes peut-être, l’inconscient collectif traîne de ces boulets.

 

 

 

autoportrait

 

 

 

des conflits

 

 

 

 

Lorsqu’une dispute éclate dans un couple, la femme doit bien prendre garde à ne pas blesser l’orgueil du mâle dominant qui sommeille en chaque homme, cela pourrait lui enlever son homme à jamais. Les hommes, eux, n’ont pas de ces finesses.

 

◊ 

 

Les hommes pensent que les femmes qui cherchent à ressembler aux hommes sont des imbéciles.

 


Les hommes pensent des femmes qu’elles ne sont jamais vraiment amoureuses puisqu’elles sont capables de fuir si l’homme lui refuse un enfant – fuir le féconder avec un autre.

 

◊ 

 

L’apparente simplification des relations entre les hommes et les femmes, leur rapidité, la possibilité d’une immédiateté sexuelle entre un homme et une femme, tout cela n’a rien réglé quant à l’incompréhension entre les femmes et les hommes.

 

◊ 

 

Les femmes sont capables de défendre leur territoire avec violence. Avec une violence ignorée des hommes. Et pour des riens le plus souvent, une odeur de parfum, un numéro de téléphone dans une poche, un cheveu sur une veste, un texto féminin, vraiment pour des riens.

 

◊ 

 

Les colères de femmes laissent les hommes sans réaction : ils se demandent comment on peut dépenser autant d’énergie pour des choses aussi futiles.


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Les femmes ne supportent pas que les hommes leur donnent raison juste pour être tranquille ; les conséquences peuvent être pires que le mal premier.


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Les hommes sont capables des pires compromissions, des pires bassesses pour éviter un conflit avec une femme.


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Les colères des hommes laissent les femmes indifférentes. Il faut bien, pensent-elles, que l’homme s’affirme de temps en temps.


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Les femmes pensent pouvoir manipuler les hommes pour parvenir à leurs fins, mais les hommes ne sont pas aussi dupes que ne le pensent les femmes, ils se laissent volontairement manipuler pour donner aux femmes l’impression qu’elles contrôlent la situation. Ce qui fait que les femmes contrôlent effectivement la situation et parviennent toujours à leurs fins.

 

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Les conflits naissent de la prétention de chacun à vouloir changer l’autre.

 

 

 

2014 0534

 

 

 

du romantisme

 

 

 

 

Le romantisme a fait au moins autant de dégâts que le machisme quant à la réputation des hommes auprès des femmes, mais dans l'autre sens.



La soif de romantisme des femmes ne s’épuise pas avec la succession des générations. Pourtant, le temps ne suspendant jamais son vol, le prince charmant ne résiste guère plus de quelques mois aux frictions du quotidien :  aux heures d’avachissement télévisuel, au nationalisme sportif, à l’ennui du dimanche, aux œillades appuyées sur les meilleures amies, bref au glissement progressif vers l’indifférence.


◊ 

 

Les hommes, sachant ce qu’il en est du prince charmant, ne s’expliquent pas la survivance du mythe.


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Si les studios Walt Disney étaient un peu moins mièvres et si les mères faisaient correctement leur travail, il y a longtemps que le prince charmant se serait dissous dans les limbes.


◊ 

 

Le romantisme tel que le considèrent les femmes est une perversion du romantisme – les hommes ne se posent pas la question.

 

   

 

En règle générale, ce qui est considéré comme un bon film se termine au moment où, après avoir vécu mille péripéties, après avoir déjoué les pièges les plus retors, l’héroïne et le héros se retrouvent enfin pour un baiser plein écran. C’est là que le film devrait commencer.

 

 

 

 

 

de la seduction

 

 

 

 

 

Il y a, dans la rencontre nouvelle et fortuite entre une femme et un homme, une part de séduction : tous deux savent immédiatement ce qu’il en est.

 

◊ 

 

Toute entreprise de séduction demande une part d’hypocrisie chez l’homme et de naïveté chez la femme – ou l’inverse, c’est selon.

 

◊ 

 

La capacité de séduction d’une femme passe par des choses dont elle n’a pas toujours conscience, ces petits riens qui vous mettent un homme à genoux : une mèche de cheveux sur une joue, un geste de la main, une intonation de voix, une façon de capter la lumière…

 

   

 

L’homme a parfois de ces moments d’imbécillité insondables. Il est ainsi capable, par exemple, de faire l’apologie d’une femme récemment séduite à son épouse, et de s’étonner de la réaction de cette dernière. Mais c’est plus fort que lui, l’homme séducteur a besoin de le faire savoir, à quoi cela servirait-il de séduire, sinon ?

Son imbécillité se mesure ici à l’aune de la difficulté qu’il a eu à séduire ainsi qu’à la beauté de sa conquête ; le paroxysme étant atteint par la conscience de sa propre subtilité : pouvoir parler d’une femme à sa femme sans qu’elle se doute de quoi que ce soit.

Il peut toujours, ensuite, jouer les offusqués, les vierges effarouchées, se mettre dans la peau de celui à qui on a prêté de mauvaises intentions alors que pas du tout – et s’enfoncer, s’enfoncer.

 

   


Les fausses modestes font naître chez les hommes des espoirs démesurés. Ils doivent ensuite affronter les regards hautains de celles à qui ils ont cru pouvoir, sans jeu de mot, se frotter : comment comment, misérable raclure, quelle est cette prétention que je sens poindre, à vouloir me séduire ?

 

 

2014 0195

 

 

du sexe

 

 

 

 

 

Les hommes ont tendance à catégoriser les femmes, il y a beaucoup de catégories. Pour les femmes c’est plus simple, il n’y a que deux genres d’hommes.

 

 

 

Quoi qu’il fasse, quelles que soient ses expériences, l’homme reste interdit devant l’orgasme féminin – Le mystère de sa source, son apparente immatérialité, sa puissance.

 

◊ 

 

Pendant ou après le colloque amoureux les femmes ont l’intelligence de ne pas faire de commentaire (qualité de l’engagement, durée, capacité à déclencher l’orgasme, etc.) Elles ne commentent pas, non, les femmes, mais les hommes savent qu’ils sont jugés.

 

 

 

Les hommes pensent que lorsque les femmes parlent entre elles, elles ne parlent que des performances sexuelles des hommes – toujours en deçà de leurs espérances, forcément toujours en deçà.

 

   

 

Les femmes pensent que la voiture représente pour les hommes le palliatif à une puissance sexuelle défaillante – mais comment faisaient donc les hommes avant 1880 ?

 

 

 

L’homme adolescent ne rêve que d’une chose, franchir le pas qui sépare le fantasme de la réalité ; ses pensées se partagent équitablement entre les seins des filles, les fesses des filles, le sexe des filles, et toute sa volonté, sa force vitale, toute sa capacité de conviction est orientée vers ce but : découvrir et connaître – enfin – le sexe.

La femme adolescente rêve de la même chose, mais pas de la même façon, elle sait bien, elle, qu’il lui faudra d’abord passer par le déchirement, la douleur, le sang – cela perd en légèreté.

C’est peut être ce qui fait la précoce maturité des femmes, cette nécessaire confrontation, à l’age de l’insouciance, avec la douleur.

 

 

 

 

 

de la gestation

 

 

 

Les hommes sont dans l’action, les femmes dans la gestation. Il y a pourtant des femmes d’action. Il y a aussi des femmes d’action dans la gestation.

 

 

 

 

Les femmes plaignent beaucoup les hommes de ne pas pouvoir enfanter ; elles ont ce privilège d’assurer la reproduction de l’espèce et pourtant elles n’en profitent pas pour se croire supérieures, n'est-ce pas ?

 

 

 

La femme qui attend un enfant devient imperméable au monde.

 

 

La femme qui attend un enfant fait des choses encore plus étranges aux yeux d’un homme qu’une femme qui n’attend pas d’enfant, comme par exemple passer beaucoup de temps à faire le ménage tout en reprochant à l’homme de ne pas le faire.

 

   

 

La femme qui attend un enfant se tient le ventre à deux mains dès le deuxième mois. Les hommes ne comprennent pas la nécessité de devoir ainsi supporter un ventre encore plat.

 

 

 

La femme qui attend un enfant, fut-elle polytechnicienne, ou professeur d’université, la femme qui attend un enfant a parfois de ces sourires béats qui en disent long, pensent les hommes.

 

 

 

L’homme de la femme qui attend un enfant n’existe plus – mais il pense que ça n’est que provisoire.

 

 

Les femmes sont en attente de gestation, ou en gestation, ou dans la nostalgie de la gestation.

 

 

 

 

 

 

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ENTRETIEN DE MME SAMIRA HASTEREL, AGENT D'UNE COLLECTIVITÉ TERRITORIALE EMPLOYÉE AU SERVICE DES FINANCES AVEC SA CHEF DE SERVICE, 8 JANVIER 2014

 

 

Les réunions, madame.

Mon problème, ce sont les réunions.

Merci de me recevoir.

Je comprends que vous ne compreniez pas.

Je vais vous expliquer, je suis là pour ça.

Parfois les réunions partent dans tous les sens, ça me déstabilise, et je n'arrive pas à prendre des notes. Ce n'est pas tellement au niveau sémantique, je comprends ce qui se dit dans les réunions, je ne suis pas idiote, mais souvent plusieurs personnes parlent en même temps, les choses s'enveniment, on ne s'écoute plus, et moi ça me pose un problème avec mon cahier de prise de notes. Dans mon cahier de prise de notes j'ai des tas de pages à peine entamées, parce que bien entendu, il est hors de question pour moi de prendre des notes sur une page entamée. Je veux dire pour être tout à fait précise qu'il m'est impossible de commencer une réunion nouvelle, j'entends une réunion qui ne soit pas la suite d'une réunion antérieure, sur une page dévolue à une réunion antérieure terminée et pour laquelle ma prise de notes se réduit à deux ou trois lignes. Mon cahier de prise de notes est du format A4. Aujourd'hui, j'ai un cahier de prise de notes au format A4 dont plus de la moitié des pages ne sont utilisées que pour une ligne ou deux de notes sur la partie supérieure de la page, ce qui, par voie de conséquence, laisse vides les neuf dixièmes de ladite page. Il s'agit là d'un gaspillage auquel je ne parviens pas à me résoudre. Cela n'entre pas mes process personnels de fonctionnement, cela ne fait pas partie de mon idiosyncrasie, cela dépasse les limites de ce que je suis capable d'encaisser au niveau de la souffrance au travail. Je n'ai aucune prédisposition à cela, pire, cela me poursuit longtemps après la fin de la journée, et même dans mes congés, lorsque pendant mes séjours à l'étranger, je suis tentée d'acheter des carnets mieux formatés pour les utiliser ici. Mais je résiste bien sûr à cette tentation car, non seulement l'administration est tenue de nous fournir les outils de travail indispensables à notre bon fonctionnement, mais aussi parce que si je m'habituais à ces carnets, je serais ensuite obligée de retourner dans le pays où je les ai achetés sans savoir si j'en retrouverais d'identiques, il est hors de question de m'engager autant au niveau personnel, je veux bien consentir des efforts pour la marche générale des choses, mais pas à ce point, vous admettrez avec moi que cela irait au delà des exigences du poste que j'occupe. Je demande donc à l'administration de me fournir des cahiers en demi format ou mieux, des blocs en quart de format dont on peut facilement arracher un feuillet sans que cela nuise à l'intégrité du bloc, ou du moins sans que cela lui nuise de façon visible à l’œil nu, puisque, vous le savez, un bloc s'amenuise jusqu'à son dernier feuillet sans qu'il soit possible d'en déterminer à la fin l'épaisseur d'origine. Jeter un quart de feuille, ce n'est pas jeter une feuille, on peut se permettre quatre fois plus de largesses sur ce type de carnet, on n'a pas ensuite le regret chevillé au corps de gaspiller de l'argent public en jetant des cahiers dont seule la partie supérieure des pages est remplie, jeter un quart de feuille n'est rien jeter, et la réunion suivante peut s'ouvrir avec le sourire, lorsque, confronté à l'instant crucial du début de la prise de note on se demande si l'on va tirer un trait horizontal sous les notes de la réunion précédente ou entamer une nouvelle page, aborder un rivage vierge apte à recevoir en toute neutralité les extravagances des uns et des autres, je n'ai pas peur des mots.

Jeter un quart de feuille n'est pas jeter.

Jeter un quart de feuille, c'est se mettre dans les meilleures conditions pour aborder l'avenir de façon sereine.

Un bloc en quart de format à dos carré-collé me semble l'idéal.

Qu'en pensez-vous ?

 

Consulter, dites-vous ? Mais consulter qui ?

 

 


 

 

2014 0241

 

 

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UN MOIS D'OCCUPATION DE LA CHAMBRE 208 DE L'HÔTEL LES AMBASSADEURS DE LA SUBLIME PORTE (***), À DOLE (JURA, FRANCE)

 

 

Du 2 au 6 mai : Mme et M. Hamler

 

Une fois par an mais chaque année sans exception depuis quatorze ans, entre le premier et le quinze du mois de mai, Mme et M. Hamler réservent cette chambre (celle-là et pas une autre), dans laquelle, rideaux tirés, ils font l'amour durant trois jours et trois nuits sans sortir une seule fois.

Ils laissent à la porte de l'hôtel leurs tabous et les non dits pour entrer dans une frénésie sexuelle que seule leur autorise le lieu étranger, l'espace clos hors de l'espace du foyer.

 

Quelques années en arrière, un soir, madame avait dit à monsieur :

— Nous ne partons pas souvent en vacances, si nous allions à l'hôtel quelques jours ?

— A l'hôtel ?

— Oui, juste pour être ailleurs, n'importe quel hôtel, même à cent mètres d'ici.

— L'idée me plaît. Et qu'y ferions-nous dans cet hôtel ?

— Oh, nous trouverons bien.

 

Avait-elle ajouté avec un petit sourire.

 

Ensuite d'année en année leur pratique a évolué d'un simple séjour à une redécouverte de l'autre. Et dans leur étonnement permanent, dans les gestes jusque là jamais osés, dans l'expression des paroles dites telles qu'elles le sont rarement, le couple s'est renforcé d'un lien invisible à autrui mais d'une solidité à toute épreuve.

 

Il arrive souvent que le reste de l'année ils ne touchent pas leur corps, ou peu, et de façon conventionnelle, dans un aboutissement rapide du plaisir, comme s'il s'agissait simplement de refréner les pulsions jusqu'au séjour suivant, car pour eux c'est ainsi, l'épanouissement naît de la frustration et de l'attente.

 

La patronne les connaît, le personnel les connaît, ils respectent cette sorte de pèlerinage annuel avec tous les égards dus à l'exploit que représente ce libidineux marathon.

 

— C'est vrai, faut le faire, baiser comme ça trois jours sans arrêt c'est pas donné à tout le monde.

— Surtout à leur âge.

 

Ont-ils un jour entendu derrière la porte.

 

Mais eux, ce n'est pas l'exploit sportif qui les intéresse, c'est l'abandon, le dépouillement, cette possibilité qu'ils se sont donnée de placer leur couple dans une autre dimension, chacun devant considérer l'autre comme un instrument propre à satisfaire ses fantasmes.

Un instrument, oui.

Rien n'est jamais refusé.

Parfois, l'un des deux sort avec du sang sur le visage ou sur le corps, ou boitillant, ou le cou ombré de traces noires, mais toujours, serrés l'un contre l'autre, ils repartent dignes et droits, les yeux dans le vague, comme des clients ordinaires.

 

 

 

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7-9 mai : Michel Citation, 34 ans, écrivain de romans policiers.

 

Invité par la ville à venir présenter son dernier ouvrage Beau temps pour la saison, dont l'intrigue tourne autour d'un tueur en série qui nargue la police.

En réalité, ayant très jeune constaté le pouvoir des mots et de l'écrit, leur importance dans les jeux de séduction, Michel Citation n'écrit des livres que dans le but de rencontrer des organisatrices de festivals ou de soirées littéraires. Cette soirée-ci n'échappera pas à la règle mais c'est pourtant seul qu'il regagnera sa chambre dans la nuit, après avoir tout tenté pendant le dîner pour séduire, mais en vain, une grande jeune femme au regard de feu, celle-là même qui doit l'accompagner et le raccompagner à l'hôtel dans le véhicule de service.

 

 

9 au 13 mai : Maxime Martin, 34 ans, employé pour le compte d'une société de distribution d'eau.

 

Maxime n'a aucune raison de se trouver dans cet hôtel. Il a une petite villa à lui, à quelques pas de là, équipée de tout le confort moderne, avec aussi, à l'intérieur, une femme et deux enfants qu'il aime de tout son amour, du moins les enfants. Car en ce qui concerne son épouse les choses ont changé. En rentrant chez lui ce 9 mai dans l'après-midi, après une tournée exceptionnellement courte, il a tout de suite senti une atmosphère différente dans la maison, quelque chose d'inhabituel.

Il a constaté les vêtements éparpillés dans le salon et sur les marches de l'escalier, ceux de sa femme, et d'autres, masculins et inconnus. Il a fait demi tour sur la pointe des pieds, a refermé la porte sans la claquer et est venu se réfugier à l'hôtel.

Ce n'est que le 13 mai que la police l'a trouvé, à trois cents mètres de chez lui, après que sa femme eut lancé un avis de disparition. Il n'avait pas mangé ni ne s'était lavé depuis quatre jours. Bien qu'affaibli, il a eu avec l'agent de police l'entretien suivant :

 

— Vous êtes bien Maxime Martin, né à Nantes le 28 juin 1980 ?

— Oui.

— Votre femme a lancé un avis de disparition.

— C'est elle qui a disparu.

— Que faites-vous là, monsieur ?

— Je réfléchis.

— L'ambulance va arriver, on va vous transporter à l'hôpital, ensuite nous ferons un rapport.

— Je n'ai pas terminé de réfléchir.

— Vous réfléchissez à quoi ?

— Aux escaliers.

— Veuillez nous suivre monsieur.

— Je ne vous suivrai pas, je n'ai rien fait de mal, j'ai le droit d'être ici.

— Vous avez disparu depuis le 9 mai.

— Je n'ai pas disparu, je parle avec vous.

 

 

 

 

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15-20 mai : Pierre Cautaron, 46 ans, magasinier.

 

Après deux années d'économies sou à sou, Pierre a décidé de s'offrir ce qu'il considère comme le sommet du luxe, cinq jours dans cet hôtel trois étoiles. Il a donc pris des congés et investi les lieux avec la légitimité conférée par le crédit porté sur sa carte bancaire. Là, il passe ses journées à se prélasser sans rien faire dans un état d'extrême bien-être, goûtant comme un privilège sa condition de nanti - et pour peu il se laisserait aller à la croire définitive. Mais hélas il ne fait pas que ça. Outre la contemplation extatique de son bonheur de parvenu d'un jour, son occupation annexe consiste à surveiller sans relâche le personnel, à vérifier que le ménage a été bien fait, à sortir et revenir inopinément dans sa chambre pour constater qu'on ne fouille pas ses affaires, à se plaindre sans cesse du manque de professionnalisme des serveurs au restaurant, de la malpropreté du spa, etc., bref, il se comporte comme le directeur en personne et ne manque jamais de déverser deux ans de bile contenue sur la réceptionniste parce qu'elle n'a pas de message pour lui ou sur un stagiaire qui ne sait pas comment joindre le directeur.

A plusieurs reprises des membres du personnel ont tenté d'avertir la direction du comportement du personnage mais un hôtel est un hôtel, leur fut-il répondu, nous sommes là pour servir les clients pas pour leur faire subir une psychanalyse.

Chez lui Pierre passe de loin en loin une vague serpillière humide sur le sol et considère que le ménage a été fait. Là, il est un moujik sur le trône du tsar.

 

 

21-25 mai : Coralie Thiers, 39 ans, chargée de relations publiques.

 

Organisatrice du colloque qui se tient du 22 au 24 mai au centre international des congrès sous l'intitulé « Quel développement durable pour l'industrie de l'armement ? ».

Dans la nuit du 21 au 22, elle va s'employer à rédiger quelques phrases d'introduction au colloque, dont voici les traits essentiels :

 

Mesdames messieurs, je souhaite que les travaux qui s'ouvrent aujourd'hui débouchent sur des propositions fructueuses.

La recherche dans notre domaine progresse plus rapidement que dans tous les autres, aussi paraît-il impensable que nous continuions à ne proposer que des produits qui ne prennent pas en compte l'environnement et la pérennisation de notre milieu naturel lors de leur mise en service.

Nous ne pouvons plus nous voiler la face, car jusqu'à ce jour c'est malheureusement ce qui s'est passé.

Nous devons travailler, et travailler sans relâche à cet ambitieux objectif, nous l'espérons atteignable rapidement, de conserver son intégrité au brin d'herbe.

Je sais que quelques instituts de recherche ici présents ont beaucoup œuvré en ce sens.

Voici le programme des quatre conférences de cette première journée. Chaque intervention sera suivie d'un débat avec l'auditoire, je vous remercierai de poser vos questions de la façon la plus concise possible.

 

De 10h à 10h45, Intervention du professeur Alisa Tchilaïev de l'Institut Gengis Khan de Volgograd sur le thème :

 

Imposer une date de péremption sur les mines antipersonnel, c'est possible.

 

De 11h30 à 12h15, intervention de Joey Jude, du Laboratoire de chimie analytique de Chicago sur le thème :

 

L'interdiction du défoliant dans les zones de conflit tropicales et subtropicales : chance ou catastrophe pour nos intérêts ?

 

De 14h à 14h45, nouvelle intervention de Joey Jude, du Laboratoire de chimie analytique de Chicago sur le thème :

 

Le développement de produits intelligents capables de cibler les individus en fonction de leur catégorie socioprofessionnelle.

 

De 15h à 15h45, Intervention d'Auguste Lefrançois, De l'IEP de Strasbourg sur le thème :

 

Les relations avec la classe politique : des différentes manières de faire prendre conscience aux pouvoirs législatifs de l'importance de notre action.

 

Les trois soirées suivantes, Coralie rejoindra sa chambre en compagnie d'un intervenant différent et leur donnera une note sur leur prestation de la nuit, c'est sa façon à elle de décompresser des tensions de la journée.

 

En quittant sa chambre, au matin du dernier jour du colloque, elle entend la conversation suivante entre deux femmes de ménages dans la chambre voisine, dont la porte est restée entrouverte :

 

— Avant j'étais dans un préfabriqué en zone industrielle … ici on a des chiants mais on moins on n'a pas les couples dans la journée, et les draps, après...

— L'an dernier on en a quand même un qui s'est pendu dans la chambre.

— C'est autre chose, ça.

— Oui mais quand même.

— Non, ça c'est autre chose.

 

 

29-30 mai : Sylvaine Laforêt, 38 ans, agent de la fonction publique.

 

A Dole pour passer les épreuves d'un concours administratif en vue d'obtenir le grade de rédacteur territorial, et subséquemment un salaire plus élevé. Sa valise contient, outre ses affaires de toilette, 450 fiches manuscrites rédigées pour préparer son concours, fiches qu'elle va repasser dans la nuit jusqu'à l'épuisement.

Elle ne sait pas bien entendu, qu'aucune de ses fiches ne couvre le sujet sur lequel elle sera interrogée le 30 mai.

 

 

 

 

 

2014 0306

 

 

 

Par inventaire-du-monde - Publié dans : ETRES HUMAINS
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