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11 avril 2015 6 11 /04 /avril /2015 13:53

 

INVENTAIRE DES SONNETS MONOSYLLABIQUES ECRITS ENTRE 1899 ET 2013 - 4

 

 

 

ODE AU CARAVANING BUCOLIQUE

 

 

Feuille

au

vent

rit

 

riz

au

van

cuit

 

jour

d'air

doux

 

douze

coup

sonnent

 

 

 

 

 

SONNET DE L'ARTISTE DANS LA NUDITÉ DE SA PERSONNE

 

 

Femme

fine

sur

scène

 

si

grosse

d'un

coup

 

danse

chante

joue

 

puis

rend

gaine

 

 

 

 

 

 

 

SONNET DU PARADIS PERDU

 

 

 

Sous

l'plomb

du

ciel

 

 

reve

d'eve

en

Thaï

 

 

d'herbe

plus

verte

 

au

proche

pré

 

 

 

 

 

SONNET POUR UN PANÉGYRIQUE DU CUNNILINGUS

 

 

Prends

langue

à

l'onde

 

ou

le

con

plisse,

 

dans

ta

bouche

 

tout

un

monde

 

 

 

 

 

 

prises noires

 

 

 

 

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3 avril 2015 5 03 /04 /avril /2015 15:27

 

INTERVIEW DE MME B. EN VUE D'UNE ENQUÊTE SUR LES PRATIQUES SEXUELLES DES FRANÇAIS - 28 MARS 2015, LABORATOIRE DE SCIENCES SOCIALES APPLIQUÉES, UNIVERSITÉ DE LYON.

 

 

 

Voix off : Madame B ? C'est à vous, commencez.


Madame B. : Hum… J’avais 16 ans… J’avais seize ans et ça ne s'est pas bien passé.


Voix off : Commencez avant, s’il vous plaît.


Madame B. : Avant c’était pire... Comme toutes les filles, à 13 ans j'étais amoureuse d'un prof… Sinon rien. A cet âge, les filles sont tout entières tendues vers un seul objectif : découvrir l'homme, perdre leur virginité. Ce n'était pas mon cas, moi ce qui me dominait c'était la peur.


(Temps)


Voix off : Poursuivez.


Madame B. : J'avais peur d'avoir mal. La peur d'une souffrance inimaginable et que je ne pouvais comparer à rien de ce que j'avais déjà vécu. Cette obsession a étouffé ma vie pendant trois ans, ça me perturbait dans mes études, je percevais les garçons comme des tortionnaires en puissance, je ne pensais qu'à ça, j'en rêvais la nuit, des rêves de tourmente, des poursuites dans des couloirs obscurs, des choses comme ça qui me réveillaient et me laissaient épuisée, au matin. Alors je cherchais à me rapprocher des plus grandes pour en savoir davantage. Savoir, surtout la tolérance à la douleur. Mais les plus grandes m’ignoraient, se moquaient de mes questions. Je voyais le sexe des hommes comme un instrument capable de m’ouvrir en deux à partir de mon propre sexe, ce n'était pas rationnel, bien entendu, mais c’était ça mon problème, la distorsion que je mettais dans l’interprétation de ces actes fantasmés… Parce qu’il y avait une autre part de moi-même qui me disait que si tel était le cas, si les hommes étaient capables d’une si grande barbarie, il n'y aurait plus de femmes depuis longtemps, il n'y aurait plus d'humanité tout court, et que le but de cet instrument était justement la reproduction et non la destruction. Mais à quinze ans on n'est pas assez mûre pour se laisser convaincre par la raison, il arrive que les fantasmes l'emportent, surtout les fantasmes devant l'inconnu. Alors la peur, je l'ai gardée en moi de treize ans à seize ans…

(Temps)

Et puis il y a les regards des hommes déjà, des vrais hommes… Nous on est encore des enfants, seulement nos seins ont poussé et le regard des hommes sur nous n’est plus le même, ils nous regardent passer, nous suivent des yeux, nous détaillent… On se sent devenir différente, on ne sait pas exactement pourquoi, tout cela est diffus mais on se sent devenir différente… Certains… certains hommes osent venir vers nous, nous parler, alors on est flattée bien sûr, on se croit importante aux yeux des autres, mais moi, tout cela n’a fait qu’augmenter ma peur… Elle m'a habitée, totalement investi. C'est elle qui m'a décidé surtout, la peur. Je devais accéder à la connaissance pour mettre fin à cette peur irrationnelle, ne plus la laisser me dicter mon comportement. Souffrance ou pas il fallait y passer, toutes les femmes étaient passées par là, je devais aussi y passer. Voilà, c'est ça qui m'a poussé, la peur et le désir d’en finir, plus que l'envie, plus que quoi que ce soit d'autre.


(Temps)


Voix off : Pourquoi n’avez-vous pas parlé de cette peur à votre mère ?


Madame B. : Je ne souhaite pas répondre à cette question.


Voix off : Vous avez accepté de votre plein gré de répondre à toutesnos questions


Madame B. : J’ai accepté de répondre aux questions sur mavie, pas sur celle de ma mère.


Voix off : Vous êtes payée.


Madame B. : Je ne peux pas.


Voix off : Dans ce cas notre entretien est terminé. Au revoir.


(Long temps)


Madame B. : Ma mère… disons que ma mère n’aurait pas compris.


Voix off : C’est une façon détournée de ne pas répondre.


Madame B.  (en colère) : Ma mère était ignorante des choses du sexe. J’avais six ans quand mon père est parti et depuis je n’ai plus jamais vu ma mère avec un homme. Elle n’a fait l’amour que quelques fois dans sa vie, elle doit pouvoir les compter sur les doigts de la main, ce sont des choses que l’on comprend déjà de façon intuitive à seize ans, ça vous va cette fois ?


Voix off : Ça me va, merci. Reprenez votre récit, s’il vous plaît.


Madame B. : Je ne sais plus où j’en étais.


Voix off : Au moment où vous avez décidé de passer à l’acte.

 

Madame B. : Comme je vous l'ai dit ça ne s'est pas bien passé. Aujourd'hui, des informations sur ce sujet, il y en a partout. A l'époque c'était une vraie découverte, un plongeon dans l'inconnu. (Temps)


Voix off : Pours…


Madame B. : Laissez-moi un peu de temps s'il vous plaît, ne me pressez pas, je ne suis pas une machine, il y a des mots difficiles à dire.


Voix off : Contentez-vous de décrire ce qui s’est passé.


Madame B. : Le garçon avait dix-sept ans, c'était la première fois pour lui aussi. Il s’acharnait à vouloir coucher avec moi depuis des semaines. Jusque là je l’avais laissé m’embrasser et me caresser, mais tous les soirs après le lycée on rentrait ensemble, il habitait près de chez moi, et tous les soirs on passait devant un hôtel.


Voix off : Quel genre d’hôtel ?


Madame B. : Un hôtel normal.


Voix off : Qu’entendez-vous par normal ?


Madame B. : Normal. Sur une avenue. Pas un lieu de prostitution, si c’est ce que vous voulez savoir.


Voix off : D’accord. Poursuivez.


Madame B. : Tous les soirs il s’arrêtait devant l’hôtel et essayait de me convaincre d’y entrer avec lui. Tous les soirs c’était long et pénible, parce que je sentais que je n’avais pas grand-chose à lui opposer, c’est lui qui avait raison, nous étions à l’âge où il fallait le faire. Tous les soirs, cette étape de l’hôtel m’était une épreuve. A bout d’arguments, il allait parfois jusqu’à tirer sur mes vêtements pour m’entraîner.

Un soir j’ai vu un homme nous regarder. Il nous regardait avec insistance depuis le trottoir d’en face. J’ai été certaine qu’il avait compris la situation en quelques secondes ; je me suis enfuie en courant.


Voix off : Quels étaient les arguments de votre ami ?


Madame B. : Je ne me souviens pas très bien… il disait qu’il m’aimait et qu’il me voulait…


Voix off : Est-ce qu’il vous aimait ?


Madame B. : Il me voulait. A dix-sept ans les garçons ont une bite à la place du cerveau. Le reste c’est de l’enrobage.


Voix off : Ne pensez-vous pas que certains peuvent être sincères ?


Madame B. : Non. (Temps) Et puis un soir j’ai fini par céder. Sur une impulsion. Je ne m’étais même pas préparée. Quand nous sommes arrivés devant l’hôtel c’est moi qui l’ai pris par la main et l’ai tiré en avant.


Voix off : Pourquoi ce soir-là particulièrement ?


Madame B. : Je ne sais pas, je vous ai dit que cela avait été une impulsion.


Voix off : Est-ce qu’il s’était passé quelque chose dans la journée ?


Madame B. : Rien dont je me souvienne.


Voix off : Comment étiez-vous habillée ?


Madame B. : En vêtements de sport, la mode était aux vêtements de sport.


Voix off : Et l’hôtelier a accepté de louer une chambre à des mineurs ?


Madame B. : Oui. Je n’ai pas les détails, mais oui, nous avons pu accéder à une chambre de l’hôtel. 


Voix off : Continuez.


Madame B. : Eh bien, ça ne s’est pas passé du tout comme je le pensais, il n’y a pas eu de déshabillage romantique ni de coucher de soleil sur la mer ni de musique sirupeuse. Je me suis déshabillée à toute allure et je me suis glissée sous les draps.


Voix off : Pourquoi ?

 

Madame B. : On voit bien que vous êtes un homme. Pourquoi, pourquoi… la peur, toujours, l’angoisse, et un reste de pudeur, aussi.


Voix off : Et votre ami ?


Madame B. : Oh on ne peut pas dire qu’il était bien plus brillant que moi, mais il dissimulait, il savait dissimuler.


Voix off : Comment le savez-vous ?


Madame B. : Il me l’a avoué, par la suite.


Voix off : Vous l’avez revu souvent ?


Madame B. : Oui mais pas pour les mêmes raisons. D’ailleurs, il est toujours un ami.


Voix off : Bien. Revenez au récit, s’il vous plaît.


Madame B. : Il s’est déshabillé et est entré dans le lit. Il m’a prise dans ses bras. Il voulait jouer les affranchis, mais dès que son sexe a été en contact avec ma peau il a déchargé sur mes cuisses avant même d’entrer en moi.

(Temps)

J'ai trouvé ça répugnant. Tout de suite. D'instinct. Ce liquide chaud et poisseux m'a tout de suite dégoûté. Son odeur aussi. Depuis je n'ai pas changé d'avis. Toute la raison du monde, tout l'amour que j'ai pu porter à certains hommes n'ont rien changé à cela. Ce… ce liquide me dégoûte.

(Temps)

Je suis allée me nettoyer tout de suite et bien sûr monsieur a été vexé, il voulait s’en aller immédiatement, j’ai dû user de toutes mes ressources pour le retenir.


Voix off : Qu’entendez-vous par là ?


Madame B. : Que j’étais venue pour perdre ma virginité et que je ne voulais pas repartir avec.


Voix off : Non, qu’entendez-vous par « user de toutes mes ressources » ?


Madame B. : Vous êtes borné ou quoi ? Vous ne savez pas ce qu’est une femme ?


Voix off : J’aimerais savoir ce que vous entendez par « user de toutes mes ressources ».


Madame B. (soupir d’impatience) : Je lui ai fait du charme, puis du chantage, puis des attouchements et quand il a retrouvé sa vigueur, bien sûr il n’a plus été question de partir.


Voix off : Quel genre d’attouchements ?


Madame B. : Vous voulez un dessin ?


Voix off : Que s’est-il passé ensuite ?


Madame B. : Ensuite… eh bien c’est là que les choses ont commencé à se gâter. Il devait… Je ne sais pas… Sur le moment j’ai cru qu’il avait perdu la raison, ou qu’il y avait chez lui des fantasmes de viol, de possession brutale, parce qu’alors, il m’a littéralement sauté dessus.


Voix off : Pourquoi dites-vous « sur le moment » ?


Madame B. : Parce qu’ensuite j’ai changé d’avis. Quand j’ai connu d’autres hommes, je me suis rendu compte qu’ils avaient tous le même comportement. A un moment ou à un autre ils pensent la violence dans l’acte, ils vivent l’acte comme une lutte pour l’affirmation de soi plus que pour le plaisir.


Voix off : Pour vous il y a donc chez les hommes un lien entre sexe et violence ?


Madame B. : Oui.


Voix off : Tous les hommes sans exception ?


Madame B. : Oui.


Voix off : Mais vous n’avez pas eu de rapports sexuels avec tous les hommes, n’est-ce pas ?


Madame B. (en riant) : Pas besoin de les essayer tous, c’est comme un sondage, vous devez savoir ça, vous, à partir d’un échantillon suffisamment pertinent on peut établir une vérité globale.


Voix off : Admettons. Reprenez.


Madame B. : Je n’aime pas la façon dont vous dites « admettons ». Je ne suis pas un chien que vous pouvez renvoyer à son panier.


Voix off : Mes excuses.


Madame B. : Acceptées, mais ne recommencez pas.


Voix off : Voulez-vous reprendre s’il vous plaît ?


Madame B. : Il n’y a plus grand-chose à dire. Il a viré au rouge cramoisi et m’a sauté dessus ; il a écarté mes jambes de ses genoux, m’a pénétré d’un coup, a fait deux trois allers-retours avant de jouir à nouveau. Point final. Sauf que là, sa jouissance en moi, je l’ai reçue comme une humiliation. (Temps)


Voix off : Pourquoi ?


Madame B. : Je ne sais pas… j’avais l’impression qu’il avait déposé son truc en moi et que du coup je devenais sa chose…


Voix off : Avez-vous souffert ?


Madame B. : Je n’ai rien senti. Au point que j'ai cru qu'il ne s'était rien passé, que j'étais toujours vierge… C'est-à-dire que sur le moment je me suis dit que cela ne pouvait pas être ça… N’être queça, si je me fais comprendre.


Voix off : Parfaitement


Madame B. : Je… Le plaisir je l’ai découvert plus tard… Mais je persiste à penser, aujourd’hui encore, que les choses sont mal faites, mal organisées.


Voix off : Organisées ?


Madame B. : Oui, enfin non… disons que tout le monde ferme les yeux sur ce passage, alors que c’est un des plus importants … Peut-être si on le prenait en compte, les gens seraient moins malheureux, ensuite, dans leur vie… Il faudrait l’organiser, ce passage, le débarrasser du fatras et de la stupidité du romantisme, le considérer autrement… (Temps)


Voix off : Pouvez-vous développer cette idée ?


Madame B. : Eh bien il faudrait le considérer en tant que tel, pour lui-même, sans affect… Un acte clinique, presque… Les… les jeunes filles devraient perdre leur virginité avec des hommes aguerris, des hommes attentionnés qui prendraient soin d’elles.


Voix off : Vous avez dit tout à l’heure que tous les hommes…


Madame B. : Oui mais certains sont capables de faire des efforts, je le reconnais.


Voix off : Vous savez que votre idée tombe sous le coup de la loi ?


Madame B. : La loi n’a rien à voir là-dedans, et vous le savez. Laissons-là de côté pour le moment, les gens qui font la loi pensent en fonction de l’intérêt général et moi je ne parle que du particulier.


Voix off : Et les jeunes garçons ?


Madame B. : C’est la même chose… Je ne pense pas avoir appris quoi que ce soit à mon ami, ce jour-là, il est reparti avec ses idées reçues et sa méconnaissance des femmes…


Voix off : Je comprends mal, vous m’avez dit au début de notre entretien que quand les hommes ont commencé à vous regarder cela vous faisait peur. Vous avez même dit les « vrais hommes », par opposition, je suppose aux garçons de votre âge.


Madame B. : Bien sûr, parce qu’on est dans l’ignorance de ce qui va se produire, et on vit ces avances comme des agressions… Ces hommes, on ne sait pas ce qu’ils ont dans la tête, ça fait une énorme différence…


Voix off : Pourriez-vous reprendre le fil de votre histoire. Vous avez dit également que vous aviez ensuite découvert le plaisir.


Madame B. : Enfin, ce n’est pas aussi simple. Entre cette première expérience à seize ans, et la deuxième, quatre ans se sont écoulés, quatre ans pendant lesquels je n’ai pas touché un homme. Je ne voulais plus en entendre parler, je savais ce qu’il en était, du moins je croyais le savoir, et cela ne m’intéressait pas… pendant ces quatre ans je me suis demandé où était ce plaisir dont les filles parlaient, parfois, et en quoi il consistait. Ma première expérience m’avait laissé une impression si négative que les garçons en venaient à me fuir tellement ma réputation me précédait…


Voix off : Pendant ces quatre années, avez-vous envisagé de vous tourner vers les femmes ?


(Temps)


Madame B. : Je ne comprends pas la question.


Voix off : Vous la comprenez.


(Long silence)


Voix off : Pourquoi ne répondez-vous pas ? Qu’est-ce qui vous gêne dans cette question ?


Madame B. : Je vais vous répondre. La question me gêne mais je vais vous répondre. Je l’ai fait. Je me suis tournée vers une femme. Mais sans aller jusqu’au bout

(Temps)

Je… je n’ai pas été tout à fait honnête, c’est ça qui me gêne. Je me suis laissée séduire, ça me plaisait ce jeu de séduction entre filles, voilà, c’était comme un jeu pour moi… de franchir des tabous aussi, des interdits, je me sentais plus forte en dehors de la norme.


Voix off : Ce sont des pratiques anormales, pour vous ?


Madame B. : A cette époque-là, oui, c’est ce que je pensais.


Voix off : Et aujourd’hui ?


Madame B. : Aujourd’hui je considère que chacun est libre de faire ce qu’il veut. Ou de ne pas faire. Cela ne regarde personne.


Voix off : C’est encore une façon détournée de ne pas répondre.


Madame B. : Là vous vous trompez, ce que j’ai dit est très clair. Il n’y a pas d’échelle de valeurs pour moi, je les ai gommées, je dis que l’amour entre les gens n’a rien à voir avec les pratiques sexuelles, non, ce n’est pas ce que je veux dire, je m’embrouille, je…


Voix off : Je crois que j’ai compris


Madame B. : Laissez-moi terminer, c’est important, vous n’avez peut-être rien compris.

(Temps)

Ce que je veux dire c’est que l’amour devrait pouvoir se porter indifféremment sur un homme ou sur une femme, et que les pratiques sexuelles devraient alors suivre de façon naturelle, mais de cela, avec deux conditionnels dans la même phrase, on est encore très loin, encore aujourd’hui.


Voix off : Qu’est-ce que vous mettez derrière ces conditionnels ?


Madame B. : Vous nous pensez si libres que ça ?


(Temps)


Voix off : Pourquoi n’êtes vous pas allée jusqu’au bout ?


Madame B. : Je ne sais pas…


Voix off : La peur, encore ?


Madame B. : Non, je ne pouvais pas ressentir la même peur face à une femme, il y avait… je crois qu’il y avait encore un verrou qui n’avait pas sauté, dans ma tête, je n’ai pas pu franchir la dernière étape…

Mais j’ai fait souffrir cette femme, et ça je le regrette, c’est un des grands regrets de ma vie.


Voix off : L’avez-vous revue par la suite ?


Madame B. : Non. Je n’ai pas osé… Et puis quand j’aurais pu, quand j’en aurais eu la force, j’avais perdu sa trace.


Voix off : Que s’est-il passé pour vous faire changer d’idée au sujet des hommes ?


Madame B. : Je n’ai pas changé d’idée, je suis tombé amoureuse.


Voix off : Et ?


Madame B. : Et quoi ? Allez donc dire à un homme de trente ans que vous êtes amoureuse de lui mais que le sexe ne vous intéresse pas… Alors après bien des détours je suis entrée dans son lit. Ne me demandez pas de détails je ne vous les donnerai pas, cela ne vous regarde pas, mais enfin, j’espère pour vous que vous savez de quoi je parle, un homme de trente ans, ce n’est pas un garçon de dix-sept… il sait y faire.


Voix off : Pas de violence cette fois ?


Madame B. : Je n’ai pas dit ça. J’ai dit que cet homme avait eu le souci de mon plaisir. Je n’ai pas évoqué son comportement… Et puis il y a plusieurs façons d’exprimer la violence, une façon primaire, animale, et une autre, plus raffinée, plus en rapport avec la situation.


Voix off : Expliquez vous.


Madame B. : Non.


Voix off : Considérez-vous que cette expérience vous a fait entrer dans la norme ?


Madame B. : Non, je continue à penser ce que je vous ai dit au début. Et aussi qu’il y a tellement d’hypocrisie dans les rapports amoureux que cela étouffe le sentiment amoureux.


(Temps)


Voix off : Voyez-vous quelque chose à ajouter ?


Madame B. : C’est terminé ?


Voix off :Tant que vous souhaitez parler, vous pouvez le faire.


Madame B. : Oui, je le souhaite. Je n’ai pas fini. Je suis heureuse de parler de tout ça avec un homme. Même si je ne vous vois pas. Pourquoi restez-vous caché ? Avez-vous peur de moi ?


Voix off : Je représente…


Madame B. : Je sais ce que vous représentez. Votre voix aurait tout aussi bien pu être celle d’une femme. Seulement vous êtes un homme… Hein ? Vous êtes un homme ?


Voix off : Voulez-vous parler de votre vie aujourd’hui ?


Madame B. : Et votre voix est sensuelle. Descendez.


Voix off : Non.


Madame B. : Vous êtes le seul homme au monde à avoir entendu ce que je pense vraiment des hommes, je vous considère comme suffisamment averti. Descendez.


Voix off : Non.


Madame B. : Descendez, je sens que je vous aime déjà.


Voix off : Je…


Madame B. : Il ne pourra pas y avoir de malentendu entre nous, ce sera magnifique, vous m’emmènerez dans votre voiture jusqu’au bord de la mer, on se jettera dans les vagues, nous ferons l’amour sur la plage, vous irez pêcher des mérous que nous ferons griller, nous dormirons sur le sable, nous referons l’amour plusieurs fois dans la nuit, et puis demain matin nous déciderons de vendre la voiture, de rester là, et nos enfants grandiront autour de nous avec le spectacle de notre bonheur sous les yeux… allez, descendez.


(Temps)


Voix off : Cela s’appelle un dérapage.


Madame B. : Mais non idiot, cela s’appelle la vie. La joie de vivre. La liberté. Allez, venez.


Voix off : Vous avez tout inventé ?


Madame B. : Vous ne me connaissez pas, je peux être une femme très sensible, je suis sûre que vous allez m’aimer, quel âge avez-vous ?


Voix off : C’est moi qui pose les questions.


Madame B. : Vous allez vivre la meilleure époque de votre vie, ça va être formidable.


Voix off : Avez-vous tout inventé ?


Madame B. : Mais si vous préférez la montagne, moi ça m’est égal… Vous ne répondez pas, vous préférez la montagne, j’en étais sûre, moi j’irais au milieu d’un désert avec vous, et je creuserai la terre pour couvrir votre corps d’or et de lumière, je ferai un domaine où l’amour…


Voix off : Je crois que nous allons mettre un terme à l’interview.


Madame B. : Qu’est-ce que ça pourrait vous faire que j’ai tout inventé ?


Voix off : Vous faussez mes statistiques.


Madame B. : Mais rien ne vous dit que j’ai menti.


Voix off : C’est exact.


Madame B. : Rien ne prouve non plus que j’ai dit la vérité.


Voix off : Toujours exact.


Madame B. : J’ai pu mentir, comme j’ai pu dire la vérité, j’ai pu aussi ne dire qu’une partie de la vérité et vous cacher l’essentiel, j’ai pu dire l’essentiel et oublier les détails, j’ai pu forcer le trait de certains détails pour masquer une réalité d’ensemble, j’ai pu considérer la réalité d’ensemble au regard de la situation générale des femmes, je continue ?


Voix off : Non.


Madame B. : Qu’est-ce qu’on fait alors ?


Voix off : Vous, vous ne faites rien, c’est nous qui décidons.


Madame B. : Voilà une méthode bien dirigiste, c’est ça qu’on vous enseigne dans les universités ?

(Temps)

Le problème voyez-vous, c’est que travailler sur du matériau humain… c’est bien comme ça que vous dites, hein ?... travailler sur du matériau humain, c’est comme avancer de nuit dans un marécage, à tout moment vous pouvez perdre pied ou vous faire bouffer par un crocodile, et c’est ce que vous êtes en train de faire, je veux dire de perdre pied.


Voix off : Vous êtes... vous êtes intelligente.


Madame B. : Je sais. (Temps) Allez, faites pas la gueule, vous pourrez toujours effacer cette partie de notre entretien… et si vous ne descendez pas, je ne signe pas en sortant.


Voix off :Je ne dois pas avoir de contact avec les sujets.


Madame B. : Les sujets ? Je suis un sujet ? Vous me considérez comme un rat de laboratoire, c’est ça ? Descendez que je vous pète la figure… Allez, descend, si t’es un homme !


Voix off : Très drôle.


 

Madame B. : Pardonnez-moi, je m’amuse… mais parler de ma vie d’aujourd’hui, ça n’est pas dans notre contrat, n’est-ce pas ?


Voix off : Non mais si vous voulez le faire vous le pouvez.


Madame B. : Que voulez-vous savoir ?


Voix off : Ce que vous voudrez me dire. Etes-vous heureuse ?


Madame B. : Heureuse ? Vous vous la posez, vous, cette question ? Si vous étiez là je vous aurais giflé… Pour de bon cette fois… J’ai la gifle facile ces temps-ci…

(Temps)

Si être heureux c’est ne pas être malheureux, alors oui, cela m’arrive…

Mais je vois des gens vraiment heureux, il y a chez eux, je veux dire, dans leur cuisine, dans leur appartement, dans l'atmosphère qu'ils peuplent, quelque chose qui fait que l’on n’a pas envie de repartir… on ne sent pas de tensions entre eux… c’est… c’est troublant mais c’est rare… assez rare pour être considéré comme des contre exemples parfaits, des exceptions…

Je ne m’y reconnais pas, moi, je reste au bord de ces vies, je regarde, je fais partie de la masse pour qui le bonheur existe mais en dehors de soi.

Comme un paradis inaccessible.


(Temps)


Voix off : Je vous remercie madame B.


Madame B. : Il n’y a pas de quoi.


Voix off : Pensez-vous avoir été sincère ?


Madame B. : Oui, je ne vous connais pas.


Voix off : Que pensez-vous de cet entretien ?


(Temps)


Madame B. : Vous servez un maître pervers et exigeant.


Voix off : Je n’ai pas de maître.


Madame B : Vous devriez changer de métier.


Voix off : Voyez-vous quelque chose à rajouter ?


Madame B. : Oui. Aujourd’hui quand j’entends dire que la nature est bien faite, je gifle.

 

 

 

 

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10 mars 2015 2 10 /03 /mars /2015 11:00

 

INTIMITE XXI - QUELQUES PENSÉES CROISÉES ENTRE LAETITIA MOYRAZÈS ET CYRIL PRIMAUBE AU COURS DE LEUR PREMIER MOIS DE VIE COMMUNE, RODEZ, FRANCE,  AVRIL 2014.

 

 

Elle dit le sexe n'est pas une finalité, il pense elle n'aime pas ça ;

 

Il dit le sexe est un équilibre, elle pense, il est obsédé ;

 

Elle dit je n'ai aucun tabou, il pense elle est infidèle ;

 

Il dit je pourrais baiser pendant des heures, elle pense ça va être fatigant ;

 

Elle dit j'ai des fantasmes, il pense partouze ;

 

Elle dit tu es un bon coup, il pense elle a de quoi comparer ;

 

Il dit tu as la peau la plus douce du monde, elle pense oh non il veut recommencer ;

 

Il dit tiens, je t'ai apporté des fleurs, elle pense il a quelque chose à se reprocher ;

 

Elle dit j'ai besoin de séduire, il pense je ne la fais pas rêver ;

 

Elle dit j'adore prendre ta queue dans ma bouche comme ça, il ne pense rien.

 

Il dit j'adore te lécher la chatte, elle pense, un jour je le ferai à une autre ;

 

Il dit il faut qu'on parle, elle pense il a une maîtresse ;

 

Elle dit il faut qu'on parle, il pense on en a pour deux heures ;

 

Il dit tu ne m'embrasses pas avant de dormir ? Elle pense je ne me suis pas brossé les dents.

 

Elle dit tu ne m'embrasses pas avant de dormir ? Il dort déjà.

 

 

 

 

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16 janvier 2015 5 16 /01 /janvier /2015 16:16

  

 

LISTE ET NATURE DES OBJETS COMMERCIALISÉS À LA BOUTIQUE INUTILE, 12 RUE DU SENS UNIQUE POLYSÉMIQUE, A SAINT-CHÉLY D'APCHER, LOZÈRE, FRANCE. SELON LA VOLONTÉ DE SON PROPRIÉTAIRE, LES OBJETS COMMERCIALISÉS SONT DITS « INVENDABLES » MAIS TOUS ONT ÉTÉ FABRIQUÉS A UN EXEMPLAIRE ET SONT PRÉSENTS DANS LA BOUTIQUE.

 

Nicolas Blau est un de ces misanthropes de nature qui préfère la solitude à la fréquentation de ses semblables. Et même s'il n'a jamais développé d'agressivité particulière, il était inconcevable pour lui d'entretenir avec eux, ses frères humains, quelque commerce que ce fut, de quelque nature qu'il fut. Nicolas Blau ne méprise pas les autres ni ne se sent supérieur, non, c'est plus subtil que cela, il s'ennuie à leur contact, simplement il s'ennuie. Il est aussi un de ces clairvoyants capable de mettre en balance la fatuité des ego croisés sur sa route avec l'absurdité de la condition humaine – ce qui ne le rend pas plus heureux pour autant, les choses étant ce qu'elles sont et ladite condition humaine difficile à modifier.

Ses études secondaires déjà, la promiscuité avec d'imbéciles adolescents et de cruches adolescentes, lui furent un calvaire ; il a glissé à leur surface pour en sortir le plus rapidement possible, pourvu d'un baccalauréat selon lui indispensable à l'accession à l'indépendance. Le moment pourtant fut difficile, car c'est alors que l'université se dressa face à lui comme une barrière infranchissable, avec son cortège programmé de relations obligatoires, de soirées alcoolisées, de professeurs pédants, et, de façon plus générale, de tout ce que le genre humain peut générer de bêtise lorsque la haute considération dans laquelle chacun se tient devient le seul horizon relationnel. La chose, disons-le, lui parut au dessus de ses forces, de sa maigre capacité d'empathie. C'est là que le hasard se manifesta à point nommé – et c'est bien du hasard qu'il s'agit et non de la providence, pour croire en la providence il faudrait croire en un dieu, ce qui n'est pas son cas -, c'est alors que le hasard donc, le délivra de ses tourments lorsque un de ses oncles eut l'idée de mourir sans héritiers, lui léguant ainsi son appartement à Saint-Chély d'Apcher ainsi que la somme de deux cent cinquante mille euros répartis sur trois comptes d'épargne. En considérant son train de vie, Nicolas n'avait plus besoin de s'inquiéter pour la vie matérielle. Pourtant, s'il voulait éviter au maximum la fréquentation de ses semblables, il ne souhaitait pas rester sans rien faire, ni ne se voyait passer une vie ainsi alangui dans des canapés profonds à ruminer sa rancœur. C'est au cours d'une de ses séances de méditation que lui vint l'idée de la boutique inutile ; il faisait d'une pierre deux coups, la boutique c'était l'ouverture sur le monde, les objets invendables la garantie que personne jamais n'en franchirait le seuil.

Le « magasin » - car il faut ici des guillemets –, ne comporte ni vitrine, ni enseigne, le curieux devra se pencher sur la sonnette du 12 de la rue du sens unique polysémique pour y lire : BOUTIQUE INUTILE.

 

L'inventaire ci-dessous est réalisé au 30 décembre 2014, chaque objet est défini par son cartel de vente.

 

Imminence de l'entropie

Futur amas de poussière avant dispersion sous forme d'un rocher du Sidobre (pour collectionneurs uniquement).

124 kilos - 12400 euros.

 

 

Défibrillateur pour animaux marins

7,75 euros

 

 

Château de sable

Seau de plage plein de sable de la Méditerranée contenant le château de Louis II de Bavière en vrac (à reconstituer).

798 euros.

 

 

Nécessaire pour poisson rouge en bocal

Pochette contenant :

  • Une tondeuse

  • Un peigne

  • Une plaque à graver pour recevoir le nom et l'adresse du propriétaire.

200 euros.

 

 

Pistolet à barillet spécial roulette russe

Le barillet ne comporte qu'un seul logement de balle, le but étant de perdre.

Nota : la vente en sera refusée aux candidats au suicide.

1760 euros

 

 

Image « pieuse » de la Vierge Marie

La scène représente la Vierge assise sur un tabouret dans la grotte de Lourdes, chemisier ouvert, jupe troussée au dessus de la taille, elle s'apprête à se pénétrer d'un godemiché tandis que des angelots grassouillets lui fouettent les seins.

Carton 6 x 10 cm – 175 euros

 

 

Stylo vengeur

Explose et détruit la main à la première faute d’orthographe.

Designé par Giorgio Bescaraelli

3874 euros

 

 

Ecume d'écaille

A la fois parfum et générateur de bactéries, ce produit est destiné à introduire un peu d'humanité dans un monde de plus en plus dominé par la technologie - à vaporiser sur les parois intérieures d'un réfrigérateur trop propre.

Base de jus d'anchois de Collioure.

12 cl. - 198 euros

Existe aussi à base de Livarot avarié – sur commande.

 

 

Glaçons à l'eau de mer

Conditionnés par 12 – 120 euros

 

 

Flasque de whisky spécial Aïd.

50 cl. - Garanti halal – 198 euros.

 

 

Cercueil multiplace pour famille nombreuse envisageant le suicide collectif.

De 5500 à 125 000 euros, choix sur catalogue, paiement à la commande.

 

 

Caisse d'insultes rédigées en araméen ancien.

Environ douze kilos sur tablettes d'argile (reproductions modernes) comportant 18 insultes variées, de « couille molle » à « polypticon atrabilaire » (traductions improbables), 76 000 euros (rarissime)

 

 

Bocal vide et hermétiquement clos.

Etiquette : « Souvenir de la boutique inutile » - 25 cl. Garanti sans additif, 185 euros

 

 

En trente deux ans d'existence, la boutique a reçu dix-huit visiteurs. Un seul d'entre eux est revenu une deuxième fois, aucun n'a jamais rien acheté jusqu'au 19 janvier 2015.

Le 19 janvier 2015, au seuil de la dernière année d'existence de la boutique, Nicolas Blau dut se résoudre la mort dans l'âme à vendre l'image pieuse de la Vierge Marie à un client lui assurant n'avoir jamais rien vu de pareil. Sans doute le brave homme n'avait-il guère navigué dans les limbes de l'internet, et son étonnement était-il authentique mais pour Nicolas ce fut un choc si puissant qu'il décida, non seulement de fermer la boutique, mais aussi de faire usage, contre les prescriptions par lui-même émises, du pistolet spécial roulette russe.

 

 

 

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19 décembre 2014 5 19 /12 /décembre /2014 11:34

 

INTIMITE XX – MANUELA COSTA EN MATER DOLOROSA, SEVILLE, ESPAGNE, 14 DECEMBRE 2014

 

 

C'est bien ce que j'ai dit oui, tu as baisé tout ce qui traîne, ne fais pas cette tête, tu as a baisé n'importe quoi, parfois je ne voulais même pas te toucher de peur de choper une saloperie que tu aurais ramenée d'un vagin pourri, tu as traîné dans des vagins pourris, je le sais, tu est allé chercher sur des sites les plus improbables les femmes les plus moches, tu es un malade, et moi j'ai passé des années de ma vie à côté d'un malade en me justifiant sans cesse ce choix comme une composante de ma vie, mon paysage, ma stabilité, ma force, tout ce bordel qu'on se met en tête pour justifier ses propres errements. Et puis quoi au bout du compte ? Ces quelques mots lâchés à la va vite devant le frigo, il vaudrait mieux qu'on arrête là, comme si ça allait de soi, comme si je n'avais pas fait tout ce qu'il faut pour ne pas en arriver là. Et mon corps ? Pourquoi tu ne touchais plus mon corps ? Je l'ai regardé longtemps, ce corps délaissé, sous tous les angles, des heures entières, et vois-tu, il me semble qu'il est encore séduisant, pas mal séduisant même, mais toi, rien, rien depuis des années. Regarde-moi. Regarde-moi donc, le carrelage ne t'apprendra rien, tu sais ce que ça veut dire rien pendant des années ? Tu pourras toujours te construire une défense là dessus : tu m'as placé dans l'obligation de glisser d’autres queues que la tienne en moi. Pas tellement pour l'acte lui-même, au fond ce n'est pas grand chose et je suis capable de me satisfaire seule, mais pour le besoin de séduire, tu dois savoir ce que ça veut dire toi, le besoin de séduire, de plaire. Parle-moi, dis quelque chose. Non bien sûr, ce serait trop simple de parler. Pauvre chou. Pauvre petit chou qui se croit incompris au fond de sa détresse. Tu ne me touchais plus parce que tu ne le voulais plus, c'est aussi simple que ça. Et tu ne le voulais plus parce que mon statut de mère a effacé mon statut de femme. C'est comme ça depuis qu'est né notre enfant, tu te souviens ? Si, allez, fais un effort, répète après moi, c'est pas si dur tu vas voir, je ne veux pas baiser une mère parce que personne n'envisagerait de baiser la vierge Marie, c'est un sacrilège, je suis empêtré dans ma culture catho, enfoncé jusqu'au cou dans le sentiment de la faute, la femme est une salope, la mère est intouchable, la mère ne peut pas être une salope, la mère de mon enfant au même titre que la mienne, une mère est une mère, et le statut d'une mère n'est pas compatible avec les saloperies qu'on fait dans un lit. Fais pas cette tête, je suis sûre que c'est ça, on aurait baisé une seule fois ça t'aurait suffi, et notre fils vient d'avoir quatorze ans.

 

 

 

 

La robe de la princesse

 

 

 

 

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10 octobre 2014 5 10 /10 /octobre /2014 15:47

 

INVENTAIRE DES SONNETS MONOSYLLABIQUES ECRITS ENTRE 1899 ET 2013 - 3

 

 

 

SONNET POUR UNE VOLONTÉ DE RUPTURE AVEC LE ROMANTISME

 

 

rien

ne

manque

 

du

corps

au

loin

 

un

vieux

monde

 

git

en

tas

 

 

 

 

 

SONNET DE L'ALLÉGORIE AU VAGIN

 

 

au

creux

de

l'arbre,

 

calme

feu

d'or

tiède

 

coule

et

suinte

 

en

son

sein

 

 

 

 

 

 

 

 

SONNET POUR UNE RÉHABILITATION DE LA MARGE


 

font

le

monde

vrai

 

ceux

crus

en

creux

 

haves

à

vie

 

chus

même

d'eux

 

 

 

 

 

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29 août 2014 5 29 /08 /août /2014 21:52

 

 

CAS DE CORALIE ROMBE-GIRANTE CONSIDÉRÉ SUR LE PLAN DE SES PRATIQUES SEXUELLES, DE SES RELATIONS AVEC LES HOMMES, DES INTÉRÊTS ET DÉSINTÉRÊTS QU'ELLE TROUVE À LEUR COMMERCE.

 

 

 

Commençons, pour tenter une approche circonstanciée du personnage, par ce court dialogue :

 

Il est rare à un premier rendez-vous, de rencontrer une personnalité aussi forte, pardon de vous le dire ainsi mais vous dégagez une énergie qui

Vous avez un radiateur sèche-serviettes dans votre salle de bains ?

Euh... oui.

A barreaux tubulaires ?

Nnnon, il est, comment dire... plat, voyez-vous, c'est une sorte de

Vous envisagez de le changer prochainement ?

Mais, euh, non, c'est à dire qu'il fonctionne bien et

Alors ne dites rien. J'ai été ravie de vous rencontrer, merci pour le café.

 

Il est un fait que Coralie apprécie particulièrement les radiateurs sèche-serviettes verticaux à barreaux tubulaires. Ce n'est pas la marque d'un déséquilibre mental ou d'un caprice d'enfant gâté, elle apprécie les radiateurs sèche-serviettes verticaux à barreaux tubulaires parce qu'elle peut s'y accrocher des deux mains, le corps en suspension, tandis que son compagnon la pénètre ; aussi, la première question qu'elle pose lors d'une rencontre est celle de la présence ou non d'un radiateur sèche-serviettes vertical à barreaux tubulaires dans l'appartement du prétendant. Si la réponse est négative, ce dernier n'a que peu de chances de parvenir à ses fins, disposerait-il d'une gueule de prince charmant et de tous les atours de la richesse affichée. Un sursis peut lui être accordé dans la mesure où il propose sur le champ d'en faire installer un le lendemain, il a justement un copain plombier, etc.

Si la mine affichée est par trop étonnée face à la question, elle se trouve obligée de considérer que l'autre la prend pour une folle, ce qui, de fait, réduit fortement sa capacité de séduction en même temps que la durée de l'entretien.

 

Coralie n'est pas une maniaque ni ne souffre d'aucune perversion sexuelle en particulier. Enfin, disons tout de même qu'elle a un problème – et voyez comme le mot sent mauvais dans ce contexte, à tel point qu’il est placé en italiques pour l'isoler des autres –, elle ne peut pas faire l'amour chez elle, dans son propre appartement. La chose s'est installée progressivement mais un jour elle a bien été obligée de constater qu'elle n'avait pas fait ça chez elle depuis des mois, ensuite, les mois sont devenus des années. Il serait bien compliqué (et présomptueux de la part d'un simple narrateur) de prétendre expliquer le phénomène au lecteur en attente d'explication. Le lecteur en attente d'explication devra s'en passer ou passer son chemin, Coralie ne fait pas l'amour chez elle parce qu'elle n'aime pas ça. Je conviens que l'explication est un peu courte mais c'est ainsi, elle déteste la routine, vomit la répétition, exècre l'immobilité immobilière.

 

Sa vie, du coup, n'est pas simple, soit elle a un compagnon régulier qui accepte de courir les hôtels, les appartements prêtés par des amis, les banquettes arrières de voitures, etc. sachant en outre que cela ne finira jamais, soit elle ne veut pas faire subir ça à un homme dont elle est amoureuse et sacrifie l'idylle sur l'autel de sa libido itinérante. En conséquence, elle se trouve il faut bien le dire, plongée dans une certaine instabilité.

 

La plus belle période de sa vie fut celle où elle vécut avec un cambrioleur. Elle le suivait dans ses expéditions nocturnes, excitée par les lieux ; son compagnon, au mépris du danger, par les situations. Elle en a profité pour baiser dans les endroits les plus improbables :

sur le bureau d'un notaire ;

dans le lit conjugal d'un député ;

couchée sur des toiles d'art contemporain ;

dans un dressing de la taille de la galerie des glaces sur un manteau en fourrure (qu'elle a pris plaisir à compisser avant de partir) ;

chez un collectionneur d'art ancien, empalée sur le phallus de bronze d'une statue ;

sur des toilettes à l'abattant plaqué or (embarqué par le cambrioleur à la fin des ébats, aujourd'hui exposé sur un des murs de son appartement, elle ne le regarde jamais sans une pensée émue) ;

chez un vendeur de radiateurs (4 fois) ;

sur le tableau de bord d'un yacht de vingt-cinq mètres ;

dans la chambre froide d'un supermarché, suspendue entre des carcasses d'animaux ;

dans les cuisines d'un grand restaurant (après qu'elle eut trempé son cul dans un fond de sauce et qu'elle se le fut fait lécher par son complice) ;

dans une serre tropicale aux senteurs entêtantes ;

à l'arrière d'un camion de dix-huit mètres, sur des cartons de matériel informatique ;

 

La prochaine fois, trouve-moi du plus confortable, s'il te plaît.

A vos ordres, princesse, qu'est-ce qui vous ferait plaisir ?

Mh, voyons... des tapis anciens, tiens, pour changer.

Vendu.

Attention hein, anciens, pas des copies.

― Voyons, pour qui me prenez-vous ? Je sais bien que la noblesse de votre chatte ne saurait s'accommoder de couler sur de la copie.

 

Mais bien entendu, elle n'a pas toujours la même chance dans la loterie des hommes qui traversent sa vie, et doit souvent se contenter de mises en scènes beaucoup plus simples, pour ne pas dire simplistes – quand elles ne sont pas sordides. La plupart des hommes se moquent de ses lubies et n'ont pas l'ouverture d'esprit nécessaire pour comprendre la situation ; alors qu'ils devraient se réjouir de tenir là le ferment nécessaire à la longévité d'une histoire d'amour, tous s'empressent de mettre de la distance avec Coralie et de s'en aller raconter au premier venu comment ils ont sauté une folle dans les toilettes d'un restaurant. Le mâle frétillant veut bien faire quelques concessions aux élucubrations d'une conquête en devenir, il ne veut pas sacrifier sa tranquillité aux délires d'une nymphomane secouée, comme ils disent en racontant leur histoire au premier venu.

 

Non ? Tu rigoles ?

Je te jure, elle est comme ça.

Mais quand même, un wagon, des gens auraient pu entrer à n'importe quel moment.

Ah il il faut en vouloir, je te le dis.

Je croyais que ça n'existait que dans les films américains ce genre de truc.

Moi aussi jusque là.

Ça valait le coup au moins ?

Ah ça !

Déjà pas mal.

Oui, mais de là à continuer tu vois... Tu te vois vivre comme ça, dans l'angoisse permanente de savoir ce qu'elle va inventer la prochaine fois ?

Ça te fera une expérience originale.

Une expérience.

 

 

C'est ainsi que d'amant en amant, de chambre d'hôtel en lits de fortune, de renoncement en renoncement, Coralie a vieilli doucement. En dehors du cambrioleur, aucun parmi les hommes qu'elle a croisés n'a souhaité rester auprès d'elle après la première expérience sexuelle – le cambrioleur, lui, à la suite d'une intervention ratée, s'est vu octroyer pour plusieurs années par l'état un lieu de résidence n'autorisant plus les batifolages à deux.

Les capacités de séduction de Coralie se sont peu à peu émoussées, elle a atteint aujourd'hui à une certaine philosophie qui lui fait délaisser le commerce de la chair des hommes au profit de la vie intérieure – si elle ne s'en trouve pas forcément mieux, elle ne s'en trouve pas plus mal et au moins ne regarde-t-elle plus son lit comme un ennemi.

 

 

 

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8 août 2014 5 08 /08 /août /2014 18:14

 

PENSEES DE JORDI CAPDEVI SUR LA ROUTE ENTRE SAN FELIU DE CODINES ET CALDES DE MONTBUI, CATALOGNE SUD – NUIT DU 2 AOUT 2014, 2h30

 

 

Route, platanes, bandes blanches, phares, confusion, assaut de présences, et des trucs stupides qui arrivent comme ça par vagues, conduire la nuit c'est comme caresser la peau d'une femme, si la taille des êtres humains était de trois mètres, le monde serait différent, il doit tuer des bêtes en roulant, une femme qui s'habille en lamé a des arrières-pensées, le monde est une merde oubliée dans un coin par la balayeuse municipale, un an aujourd'hui, Gwenaëlle est un prénom prometteur, volupté et souffrance sœurs jumelles comme l'amour et la haine, un enfant disait bonjour aux passants mais les passants ne répondaient pas ils regardaient l'enfant comme un être anormal. Personne d'autre. La route comme une cuisse de femme, et au milieu coule la rivière, les gens chez eux, alors que lui non, la route caressée par la voiture, lui ne bute pas sur une autre, il en voit tellement, des gens sans rien, mais rien, rien de rien, vraiment, des gens sans rien, des gens dont la présence se résume à buter contre l'autre, et qui ne font rien pour changer ça, tiens, ça le ferait presque sourire, tandis que la voiture baise la route. Conduire la nuit pour rien, la route se donne, la voiture va, il doit y avoir un point de friction entre la roue et la route mais il n'y connaît rien, ni à la chaleur dégagée, toute friction produit de l'énergie, croit-il savoir, c'est ça, toute friction entre deux corps produit de l'énergie, conduire une voiture la nuit c'est aller nulle part, ne pas rentrer, surtout pas pour rentrer, qu'irait-il faire, rentrant ? Toute friction etcetera. Toute friction, putain, c'est pas rien, les gens disent : se perdre, il rit, personne ne se perd, au mieux on se noie, mais se perdre non, faut pas déconner, t'as beau savoir que tu ne sais pas où tu vas, de là à se perdre, il y a la route quand même, avec ses poils follets qui dépassent sur le côté, et les platanes sur les bords, dont les frondaisons disparaissent dans le noir, dont les frondaisons, il doit bien le reconnaître, dont les frondaisons forment une vulve géante au dessus de sa tête et là-bas aussi, vers le lointain, droit devant, une vulve qui s'ouvre sur son passage, et que la voiture va pénétrant au fur et à mesure de son avancée, longue et ininterrompue pénétration, non mais quel con, de ces pensées, je te jure, de toute façon, ils vont bien s'arrêter à un moment, les platanes, manquerait plus qu'une petite pluie là dessus, une petite pluie humidificatrice, tiens s'il pleuvait là, il serait capable d'arrêter la voiture au milieu de la route et de sortir sous la pluie debout les bras en croix comme on voit dans les films, le mec heureux sous la pluie les bras en croix, ou une femme, les vêtements collés au corps, la pointe des seins sous le chemisier, on voit de ces trucs dans les films on se demande pourquoi les gens font ça, comme s'il y avait un lien, la route est une salope qui se donne à tout le monde, le monde entier peut baiser la route, mais lui s'il pleuvait oui, barbouillé de la mouille du ciel, la pluie ne sent pas la femme mais l'odeur de la terre mouillée a la même sauvagerie, la même puissance, est-ce qu'il est parti chercher un camion en face ? pas plus que ça non, l'idée le met mal à l'aise, allons, revenons à la route, voilà, debout sous la pluie, bien, ne pas dormir ne veut pas dire aller chercher un camion, il a des problèmes de trous c'est un fait, de sacrés problèmes de trous, ce n'est plus une vie c'est une entreprise permanente de comblement, des trous dans les mots, dans le passé, les gens, les prénoms, les dates, les âges, les visages, les années, les calendriers, les maisons, les jardins, les acteurs, les images, un truc comme ça n'arrive jamais, se dit-il, personne n'a ce genre de problème de trous, il ne pense pas normal, non plus, de voir la trouée des platanes à l'image d'une vulve géante et se demande soudain, se voyant entrer dans une légère crise de panique, se demande soudain où est la normalité. La sienne et celle des autres. La sienne vis à vis de celle des autres. Celles des autres. Les autres ont une normalité bien à eux non ? La normalité de la norme. L'anormalité normée. La normalité des autres n'existe pas, elle s'arrête aux portes des appartements.

Un an aujourd'hui.

Allez, demi-tour, reste tellement de trous à combler.

 

 

 

 

  serviette

 

 

 

 

 

 


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29 juillet 2014 2 29 /07 /juillet /2014 10:28

DICTIONNAIRE ENCYCLOPÉDIQUE DES MOTS INDISPENSABLES MAIS ABSENTS DE LA LANGUE FRANÇAISE, CONTRIBUTION 8.

 

 

AVERINE[avərin]Subst. Fem.

Machine incapable de se déplacer par ses propres moyens.

 

 

BOULEVARDAGE(Syndrome du)

Etat de déchirement intérieur chez l'écrivain de théâtre contemporain hésitant entre écrire pour le théâtre public et rester pauvre, et écrire pour le théâtre privé et (peut être) s'enrichir. Cette tentation grandit avec la notoriété de l'auteur.

 

 

FAUSTINER [fɔstine]V. trans.

Envisager les solutions les plus improbables et irréalistes pour sortir d'une situation difficile.

 

 

GRAPHOTER [grafote] V. trans.

Faire semblant de prendre des notes au cours d'une réunion importante.

 

 

HEUVRET [øvre] Subst. Masc.

Bâti de pierre et de béton ne servant strictement à rien. Ce n'est ni une fantaisie d'architecte ni une erreur de maçon, nul ne sait comment la chose est sortie de terre, mais le résultat est là, un bâti de pierre et de béton ne servant à rien, même pas un abribus de campagne.

 

 

PASSEVENOUILLE [pasvənuj] Subst. Masc.

Petit œillet situé à l'intérieur de la rotule de Garland permettant à la clève d'actionner le mécanisme de rotation des balustes.

 

 

PESANCE[pəzãs] Subst. Fém.

Proposition – généralement faite à une femme par un homme –, sortant du cadre des conventions de drague traditionnelle sans pour autant tomber dans la grossièreté, et faisant montre d'une certaine précipitation. La femme intelligente y voit clignoter en rouge les mâles intentions, les autres, quel que soit leur âge, la reçoivent comme elles les recevaient à l'adolescence, avec une naïveté qui préfigure déjà la soumission.

Ex : offrir des sous-vêtements à la deuxième rencontre ou l'inviter à prendre une douche à la première .

 

 

SENTIMOLLE [sãtimɔl] Subst. Fem.

Impression de pesanteur soudaine des choses du monde qui fait passer pour futile tout ce qui n'est pas soi.

 

 

SLOGORRHEE [slogore] Subst. Fem.

Propension de certaines sociétés de grande distribution à inventer des mots absurdes et laids à des fins de marketing.

 

 

SOTISME [sotizm] Subst. masc.

Phénomène apparu à la fin du XXe siècle et s'amplifiant au XXIe, consistant à ériger la médiocrité en tant que statut normal de fonctionnement. S'applique aussi bien à un individu qu'à la société dans son ensemble. Le corollaire logique à cet état est un mépris affiché pour toute forme d'intelligence ou de pensée un rien construite.

 

 

 

 

voiture verte

 

 

 

 

  Pour retrouver l'intégralité du dictionnaire, c'est ICI

 

 


 

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19 juillet 2014 6 19 /07 /juillet /2014 13:13

 

CONVERSATION A BORD DU TGV LYON-MARSEILLE, 25 JUIN 2014, VOITURE 6, PLACES 12-14, ENTRE GILBERT FRELAMPIER ET HUGUES SCHTRAUBEN.

 

 

 

— J'ai appris que tu avais acheté une tondeuse à gazon ?

J'ai fini par me décider.

C'est bien.

Oui, c'est bien, ça me fait gagner du temps.

Tu l'as payée cher ?

11980 euros.

J'étais sûr que tu trouverais à redire.

Mais je n'ai rien dit.

Ton silence est plus éloquent qu'un reproche.

C'est que...

Ah, tu vois !

11980 euros, c'est une somme, tout de même, pour une tondeuse.

Peut être, mais attention, auto-portée, la tondeuse.

Ah. Si elle est auto-portée, ça change tout. (Temps) Mais dis-moi, tu as acheté une tondeuse auto-portée à 11980 euros pour tes cinquante mètres carrés de pelouse ?

Oui.

Est-ce que ce ne serait pas légèrement disproportionné ?

Je ne suis pas du genre à faire les choses à moitié.

Je ne dirai pas le contraire, mais tout de même, entre rien et ça, il y avait des paliers je suppose, des tas de tondeuses intermédiaires tout autant intéressantes.

Faut être sûr du matériel, sinon pas la peine d'investir.

Et puis tu vas la ranger où ta tondeuse lorsque tu ne t'en serviras pas ?

Je vais construire un appentis dans le jardin. J'ai pensé à tout.

Tu veux dire que tu vas prendre sur la pelouse pour ranger la machine qui te sert à tondre la pelouse ?

C'est ça.

Et que donc ta pelouse va passer de cinquante à quarante mètres carrés ?

Trente sept avec les trois mètres de petite terrasse que j'aménage devant l'appentis. Ça fait plus chic. Mais faut bien la ranger, la tondeuse.

D'accord mais si tu n'as plus de pelouse, elle ne te sert à rien ta tondeuse.

Tout de suite tu exagères.

Tu n'as pas de regrets ?

Non.

Hugues, regarde-moi. Tu n'as pas de regrets ?

Enfin... Comment dire, je dois reconnaître que je n'ai pas encore bien cerné le côté pratique de la chose. Tu vas me dire qu'une tondeuse est une tondeuse, et que sa fonction première reste la tonte de l'herbe trop haut poussée, mais la mienne, certes elle tond mais tu vois, je n'arrive pas à tourner au bout du jardin, elle est trop grosse, on dirait un gros animal coincé dans un couloir, faut que je reparte en marche arrière, que je reprenne l'allée d'accès au garage et là je peux tourner et repartir faire la deuxième bande de tonte en parallèle à la première, ainsi de suite jusqu'à la troisième bande. C'est pour ça que je l'ai achetée avec marche arrière, il y a des tondeuses auto-portées qui n'ont pas de marche arrière, elles sont moins chères, mais sans marche arrière ça ne me servait à rien puisque je ne peux pas tourner. Au fond je me demande si je n'ai pas fait une bêtise en achetant cette tondeuse.

D'autant que tu aurais pu aussi continuer à faire ça au ciseau à tondre.

J'aurais pu mais non, c'est hors de question.

Pourquoi. (Temps) Au fond, pourquoi ne pas continuer comme avant ?

J'en fais un principe.

Ou au moins une petite tondeuse électrique.

Pfff ! Electrique ! Et puis quoi encore ?

Bein quoi, pourquoi pas ?

Les tondeuses électriques ne font pas partie de mon idiosyncrasie.

Si tu veux que je te dise, ton idiosyncrasie, elle n'est pas très réaliste.

Cette phrase ne veut rien dire.

Peut-être mais tu as compris ce que je veux dire, tu as parfaitement compris, alors s'il te plaît, hein. (Temps). Tssss.11980 euros.

C'était ça ou rien.

Et tu n'as pas envisagé une seconde le rien ?

Non, j'avoue. Les propositions contradictoires ne font pas non plus partie de mon idiosyncrasie.

Il n'y a pas grand chose qui en fait partie, on dirait.

Si, par exemple la compassion que j'éprouve pour les Matis d'Amazonie.

Pardon mais c'est un peu facile, c'est loin l'Amazonie, elle est confortable, ton idiosyncrasie.

Chacun s’accommode avec la sienne comme il peut.

Quand on pense à tout ce qu'on peut faire avec 11980 euros. Je veux dire autre que d'acheter une tondeuse auto-portée. (Temps) Tiens, pas exemple, se payer un hectare de terrain sur la lune.

Ou acheter huit heures de vol en hélicoptère.

Manger 5990 boîtes de cœurs de palmiers à 2 euros pièce.

Payer un tueur à gages.

Acheter un morceau de terrain pour prolonger ton jardin.

Non, là ça va poser un problème.

C'est une supposition.

Laisse, ça pose problème je te dis.

Une simple supposition.

— Va pas sur ce terrain-là.

D'accord, et à la limite, un hélicoptère, tu voles à l'envers, il te sert de tondeuse.

 


 

  meuleuse

 

 

  Pour accéder à l'intégralité des conversations ferroviaires, c'est  ICI

 

 

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Published by inventaire-du-monde - dans ETRES HUMAINS
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